Crise énergétique : le président du MEDEF pointe la "responsabilité énorme" de l'Allemagne – EURACTIV France

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Par : Paul Messad | EURACTIV France
29-09-2022 (mis à jour: 29-09-2022 )
Selon le président du MEDEF, Geoffroy Roux de Bézieux, l’Allemagne aurait une « responsabilité énorme devant l’Histoire » en raison de sa stratégie énergétique. [EPA-EFE/GONZALO FUENTES / POOL MAXPPP OUT]

Lors du congrès du gaz, organisé mardi (27 septembre) par l’association française du gaz, le président du Mouvement des entreprises de France (MEDEF), Geoffroy Roux de Bézieux, s’est montré particulièrement virulent à l’égard de la stratégie énergétique allemande de ces dix dernières années, dont l’influence sur la crise actuelle est certaine.
« Le prix du gaz s’envole. Pourquoi  ? Parce que l’Allemagne a acheté beaucoup de gaz après le 23 juillet, lorsqu’ils ont dit que c’était la deuxième phase de l’alarme », déclarait Nils Torvald, europarlementaire libéral finlandais, lors d’un événement EURACTIV début septembre.
Mardi, le président du MEDEF, Geoffroy Roux de Bézieux, est également revenu sur la stratégie énergétique allemande devant un parterre d’entrepreneurs du gaz français et européens.
Selon lui, l’Allemagne aurait une « responsabilité énorme devant l’Histoire » en raison de ses choix sur les dix dernières années. Ceux-ci ajoute, aujourd’hui, des difficultés à la résolution de la crise que traverse l’Union européenne.
Avant la fermeture du gazoduc Nord Stream 1, l’Allemagne était dépendante de la Russie pour la moitié de ses importations de gaz. Depuis, le pays est au pied du mur, puisque le gaz est indispensable pour l’industrie et pour chauffer la moitié des ménages allemands.
Pour répondre dans l’urgence à ses besoins, le gouvernement a donc prolongé mercredi (28 septembre) la durée d’exploitation de ses centrales à charbon dont certaines ont été réactivées expressément pour répondre à la crise, rapporte Reuters.
Le chancelier Olaf Scholz revient également d’un séjour dans les pays du Golfe (24-25 septembre) pour négocier des accords gaziers : réussite aux Émirats arabes unis, mais choux blanc au Qatar et en Arabie saoudite.
En parallèle, les autorités ont pourtant décidé début septembre de maintenir la fermeture des trois derniers réacteurs nucléaires du pays d’ici fin 2022, notamment pour respecter les attentes des Verts, dont le ministre de l’Économie et du Climat, Robert Habeck, est issu.
Le gouvernement allemand maintiendra la sortie du nucléaire prévue pour 2022, en fermant les trois derniers réacteurs nucléaires du pays sur fond de crise énergétique européenne.
Quand d’une main donc, l’Allemagne maintient sa politique de fermeture de capacités de production d’électricité, de l’autre, elle surcarbone son mix énergétique, tout en appelant à la « solidarité » des autres pays de l’UE.
Le chancelier est allé jusqu’à réclamer la relance du projet d’interconnexion gazière MidCat entre l’Espagne et la France, dont l’utilité est contestée et qui, en l’absence d’inscription en tant que projet d’intérêt commun européen (IPCEI), se ferait aux frais des Espagnols et des Français.
Face à cette situation, la gronde ne s’est pas faite attendre et la Commission européenne est montée au créneau.
« Il revient à tous les pays de faire tout ce qui est possible en ce qui concerne la disponibilité de la production d’énergie » avait ainsi déclaré le commissaire au Marché intérieur, Thierry Breton, le 8 septembre, après une réunion avec le gouvernement allemand à Berlin. 
Depuis, Robert Habeck est revenu sur la décision de son gouvernement pour rouvrir, mardi (27 septembre), la voie à une prolongation de deux des trois réacteurs nucléaires. Le ministre allemand a justifié cette décision par « la situation […] plus mauvaise que prévu » du réseau nucléaire français, dont la moitié des réacteurs sont effectivement à l’arrêt.
La France espère pouvoir exporter une capacité de 100 GWh/j de gaz vers l’Allemagne dès le 10 octobre, une première par gazoduc. La commission de régulation de l’énergie française ouvrait jeudi (15 septembre) la phase de consultation publique du projet après des tests physiques concluants.
Mais pour Geoffroy Roux de Bézieux, le mal est plus profond. La « responsabilité énorme devant l’Histoire » de l’Allemagne daterait de la décision prise en 2011 par l’ancienne chancelière, Angela Merkel, de sortir du nucléaire civil après la catastrophe de Fukushima.
D’un côté, la sortie progressive du nucléaire a accéléré le déploiement des énergies renouvelables, mais de l’autre, le pays a cherché à augmenter ses importations de gaz, notamment de Russie.
Contre l’avis des États-Unis et face aux positions ambiguës de certains pays européens comme la France, les autorités russes et allemandes ont donc mis sur pied le Nord Stream 2, gazoduc d’une capacité similaire au Nord Stream 1. Son entrée en service était prévue peu avant le déclenchement de la guerre en Ukraine.
Puisque le gouvernement allemand comptait sur ce nouveau gazoduc, il n’a investit que tardivement dans cinq projets de terminaux de regazéification du gaz naturel liquéfié, dont le premier devrait entrer en fonction cet hiver.
L’Allemagne est donc dans une situation de dépendance envers ses voisins européens, tant pour la fourniture d’électricité que de gaz. Des régions entières risquent le black-out, tandis que le ministre de l’Économie et du Climat espère religieusement avoir « un peu de chance avec la météo ».
Au demeurant, le président du MEDEF rappelle que cette crise énergétique attise le « risque d’un mur des faillites, si on ne règle pas le problème des prix de l’énergie », ce que, jusqu’ici, la stratégie allemande proscrit.
En exclusivité, EURACTIV France s’est entretenu avec Laurence Boone, secrétaire d’État chargée de l’Europe, sur les négociations autour des mesures présentées par la Commission européenne pour faire face à l’hiver.

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