COP27: Joe Biden, Patrick Pouyanné, le méthane, une histoire de fuite – RFI

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La 27e Conférence des Parties (COP) s’est ouverte lundi 7 novembre à Charm el-Cheikh (Egypte). Cette 5e COP « africaine » se tient dans un contexte international peu propice pour progresser sur le chemin de la lutte contre le réchauffement climatique, qui fait sentir ses effets de plus en plus fréquemment partout dans le monde. Tous les soirs, « Un jour à la COP » livre un condensé de ce qui s’est dit et noué durant la journée de négociations, et part à la rencontre de quelques-uns de ses acteurs. Ce vendredi était consacré à la décarbonation.
C’EST DIT !
« L’Agence internationale de l’énergie dit qu’avec tous les forages existant depuis vingt ans, on a assez de gaz et de pétrole pour les vingt ans qui viennent, qu’il faut développer des énergies renouvelables, des transports en commun, si on veut éviter un avenir apocalyptique. Malgré cela, TotalEnergie veut faire ce pipe-line, et M. Pouyanné, le patron de Total, refuse de répondre à nos questions »,
a confié à RFI Pierre Larrouturou, député européen, après son « non dialogue » avec le dirigeant de TotalEnergie Patrick Pouyanné, à propos des projets d’oléoducs en Ouganda et Tanzanie.
À LA COP AUJOURD’HUI.
♦ Joe Biden a effectué un passage-éclair en Égypte ce vendredi. Deux petites heures, 20 minutes de discours, et puis s’en va. On aurait pu s’attendre à plus de la part de celui qui s’affiche comme un champion de la cause climatique et qui est à la tête du deuxième pays le plus émetteur de gaz à effet de serre – même si deux heures, cela reste tout de même plus que Xi Jinping, président de la Chine, premier pays émetteur de gaz à effet de serre au monde, qui, comme chaque année, n’a pas daigné venir. Joe Biden a prononcé son discours devant un parterre de représentants de la presse, d’ONG, de chefs d’entreprises et d’officiels venant du monde entier. « La crise climatique concerne la sécurité des êtres humains, la sécurité économique, la sécurité nationale et la vie même de la planète », a-t-il déclaré. Le président américain a d’abord vanté son bilan : le retour des États-Unis dans l’accord de Paris pour limiter le réchauffement climatique sous les +2°C de réchauffement et après le retrait du pays sous Donald Trump, l’adoption en août dernier d’un plan sans précédent de 370 milliards de dollars pour le climat ou encore les 11 milliards de dollars promis aux pays en développement pour leur transition écologique (et dont seulement un milliard a été effectivement mis sur la table pour l’instant). « Les États-Unis vont respecter leurs objectifs de réduction d’émissions d’ici à 2030 » a-t-il promis, avant d’appeler « tous les pays à faire plus » pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. « À cette réunion, nous devons renouveler et relever nos ambitions climatiques. »
Le président américain a ensuite égrené quelques annonces parmi lesquelles : 150 millions de dollars pour aider l’Afrique à s’adapter aux bouleversements qui l’attendent, ou un plan pour développer massivement les énergies renouvelables en Egypte. Des annonces importantes mais qui restent bien en inférieures à ce qui est nécessaire. Selon un rapport d’experts publié au début de la Conférence climat, les pays du Sud auraient besoin en réalité de 2 400 milliards de dollars d’ici 2030 pour financer leur action climatique. (Par Jeanne Richard)
♦ La Fondation Rainforest publie un rapport accablant sur les menaces que constituent les projets pétroliers de RDC pour les forêts tropicales du bassin du Congo, d’un point de vue climatique, mais aussi pour les populations riveraines. Les cartes publiées dans le rapport de Rainforest sont éloquentes : les blocs pétroliers et gaziers actuels ou en projet recouvrent déjà un tiers des forêts du bassin du Congo. Une menace pour le climat, car la deuxième plus grande forêt tropicale est devenue le premier puits mondial de carbone. Mais aussi une menace pour plus de 35 millions de personnes vivant dans le périmètre de ces blocs avec un régime foncier très incertain. François Biloko, militant du Réseau pour la conservation et la réhabilitation des écosystèmes forestiers en RDC, craint particulièrement pour l’avenir du Parc des Virunga : « Le parc est touché à 21,5% de sa superficie. Actuellement il y a destruction du parc par des populations à la recherche du moyens de survie, la valeur biologique est en voie d’être détruite et si on y ajoute, ça serait catastrophique. »
Pour sa part, la Fondation Rainforest craint des destructions forestières en cascade entre blocs pétroliers, bûcherons, colons et braconniers. Il est encore temps pour les nations africaines et la communauté internationale de suivre une autre voie pour le bien-être économique des populations, estime-t-elle, tout en protégeant ces forêts essentielles et les communautés qui en dépendent. (Par Claire Fages)
♦ Méthane. Une série d’initiatives a été dévoilée vendredi pour s’attaquer à ce gaz très nocif pour le climat, lié en particulier à l’industrie des énergies fossiles. L’ONU a annoncé un nouveau programme par satellite, baptisé « Methane alert and response system » (Mars), à l’occasion de cette grande conférence internationale sur le climat qui se tient à Charm el-Cheikh en Égypte. Il s’agira du « premier système mondial et public capable de lier de manière transparente la détection de méthane à un processus de notification », explique l’agence onusienne de l’environnement. Concrètement, les satellites pourront identifier de grosses fuites de ce gaz et les gouvernements et entreprises seront aussitôt prévenus pour pouvoir agir rapidement. Ces derniers pourront aussi bénéficier de conseils sur la manière de résoudre le problème.
De leur côté, les États-Unis, plus gros producteurs de brut et de gaz au monde, ont dévoilé un nouveau projet de réglementation pour réduire leurs émissions de méthane. Les producteurs américains seraient ainsi soumis à des normes plus strictes en matière de méthane, a indiqué l’Agence américaine de l’environnement (EPA). Celle-ci estime qu’en 2030, ce projet pourrait réduire les émissions de méthane de « 87% par rapport à 2005 ». C’est « plus ambitieux que les scénarios de l’IEA et scénarios moyens du Giec pour limiter à 1,5°C », a commenté le Zero Carbon Analytics, un groupe de recherche international spécialisé sur l’énergie. Cependant, nuance ce groupe, les émissions issues du secteur pétrolier et gazier sont en fait « le double des chiffres officiels du gouvernement », et « continuent d’augmenter, selon le Climate Trace » (G.B.-D avec AFP)
♦ Ce samedi, mi-temps entre les deux semaines de la COP, est traditionnellement le jour des manifestations de la société civile. Cette année, les cortèges seront réduits par les mesures de sécurité drastiques prises par les autorités égyptiennes. Kevin Ossah, Togolais de 25 ans et secrétaire général du Climate Action Network en Afrique de l’Ouest et du Centre, espère qu’il y aura malgré tout plusieurs centaines de jeunes à la manifestation, afin d’exiger une action concrète et rapide des dirigeants politiques sur le climat. (Recueilli par Claire Fages).
EGYPTE/COP _Son MATIN Manifestation de la société civile

♦ Tard dans la soirée, on apprenait que la soeur du détenu politique égypto-britannique Alaa Abdel Fattah avait demandé une grâce présidentielle, dernière tentative en date de la famille d’obtenir une preuve de vie du blogueur pro-démocratie en danger de mort après sept mois de grève de la faim. Cette demande survient quelques heures après une rencontre à la COP27 en Égypte entre le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi et son homologue américain Joe Biden, qui « a souligné l’importance des droits de l’homme et du respect des libertés fondamentales ».
À lire aussi : À la COP27, l’ONU réclame la libération d’Alaa Abdel Fattah, sa sœur craint pour sa vie
LES COULISSES EN IMAGE. Patrick Pouyanné traqué comme la panthère des neiges.
Il y avait du monde à l’arrivée de Patrick Pouyanné au discret pavillon de l’IETA Business Club. L’Association internationale pour l’échange de droits d’émission (IETA) est un lobby d’entreprises constitué de producteurs d’énergies fossiles. À la COP, le dénicher est déjà une mission en soi : il ne figure sur aucun panneau d’orientation. « Nous aussi, on a galéré », se gausse un jeune étudiant présent. Mais les informations circulent vite dans les corridors de la COP qui bruissent de messes-basses échangées sous l’anonymité des costumes-cravates. Il y avait donc du monde à l’arrivée du PDG le plus exposé de France en 2022 : guerre en Ukraine (où Total y a encore des intérêts, accusé de complicité de crimes de guerre), projet d’oléoduc entre l’Ouganda et la Tanzanie mené par (EACOP) et d’exploitation gazière au large de l’Afrique du Sud, salaire augmenté de 52% en pleine crise inflationniste… L’homme cumule les griefs.
Global Witness sans surprise a fait le pied de grue. L’ONG britannique et bête noire des lobbyistes des énergies fossiles, a sorti hier son deuxième rapport sur la présence du lobby des énergies fossiles à la COP : de 503 à Glasgow, il compte 636 personnes accréditées.
Étaient présents aussi médias, militants et même une poignée de jeunes étudiants français, issus d’écoles d’ingénieurs ou de Polytechnique, l’école de formation du patron. Tout le monde a quelque chose à dire ou à demander – selon le métier – à Patrick Pouyanné qui arrive et s’arrête même devant une jeune activiste de Global Witness : « Est-ce que vous allez reconstruire l’Ukraine avec l’argent de sang russe ? », lui demande-t-elle. Dépité par la question, il répond : « Probablement. » Pressé par l’agitation ambiante, il semble finalement contraint de s’isoler un moment dans une petite pièce du pavillon guinéen, juste en face de celui de l’IETA.
Nous l’avons attendu à la sortie dans l’espoir de lui poser quelques questions sur différents sujets, comme les activités de TotalEnergie en Russie, les projets controversés en Afrique de l’est, ses revenus à six zéros par mois et son augmentation de 52%. Mais l’homme n’est pas facile à saisir.
Pierre Larrouturou, lui, a eu plus de chance. Le député européen et ancien membre du Haut Conseil pour le climat, adepte du concept de décroissance, a échangé quelques mots avec lui. Le ton a même commencé à monter, avant que le patron français au physique imposant ne s’éclipse dans l’autre alcôve du pavillon. « Je lui ai demandé pourquoi il refusait de répondre à nos questions, pourquoi il continuait à faire ce projet de pipe-line. Il m’a répondu qu’il ne voulait pas répondre à mes questions, qu’il n’était pas obligé de répondre à mes questions. Ce monsieur a une vision du débat démocratique affligeante. » Le député, qui s’est rendu en Ouganda cet été, lui reproche de ne pas accepter de venir répondre aux questions du Parlement européen qui a pris une résolution mi-septembre pour suspendre pendant un an le projet EACOP en Ouganda « qui va faire 34 millions en CO2 chaque année », s’insurge le député. « M. Pouyanné est absolument furieux, il continue les travaux. Et quand on lui a proposé de venir s’expliquer au Parlement européen, il le refuse. »
À réécouter : TotalEnergies en Ouganda, un projet pétrolier à l’heure du dérèglement climatique
« Ceux qui vivent au dernier kilomètre »
Plus tôt dans l’après-midi, et deux cents mètres à peine de là, un rassemblement était organisé contre EACOP. L’égérie ougandaise de l’environnement Vanessa Nakaté faisait partie des militants, qui a défaut de nombre, ont réussi à faire du bruit. « Arrêtez le pétrole », « gardez-le dans le sol ». Les chants et slogans contre l’oléoduc ougandais évitent de citer Total et même EACOP : le règlement de l’ONU l’interdit car ce sont des entreprises. Vanessa Nakaté, la militante ougandaise de Fridays for Future n’en dénonce pas moins un projet qui, selon elle, ne bénéficiera pas aux populations locales.
« Les grands groupes pétroliers et gaziers promettent de sortir les Africains de la précarité énergétique depuis des décennies. Mais c’est un mensonge. Les oléoducs, les lignes à haute tension, les centrales au fuel, au pétrole et au charbon n’atteindront jamais ceux qui vivent au dernier kilomètre. Le pétrole et le gaz que les grandes compagnies veulent forer en Afrique ne sera pas pour les Africains. Il sera chargé sur des bateaux vers l’Europe. Et les profits de ces nouveaux puits finiront dans les poches des plus riches. »
Face au projet d’oléoduc EACOP, la solidarité Nord-Sud s’impose, estiment les manifestants, car le changement climatique déjà subi par les Africains à cause des énergies fossiles frappe le Nord à son tour.
 
LE MATCH.
Ruth Herbert est directrice de la Carbon Capture and Storage Association, dont la mission est de promouvoir la technologie de capture du carbone de l’air et de son enfouissement dans le sol ou de sa réutilisation. Clément Sénéchal est chargé de campagne climat à Greenpeace France, ONG environnementale opposée au recours à cette méthode. Entre les deux, on n’utilise parle pas du tout le même langage, au propre comme au figuré. On les a rencontrés. Séparément évidemment (à lire bientôt…).
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