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Vers quel monde nous dirigeons-nous ? L’évolution du climat dépend au premier chef de l’évolution de nos émissions dans les années à venir.
Temps de lecture : 7 min
Les climats de demain se décident aujourd’hui. Et ceux nous que connaîtrons après 2050 dépendront de nos émissions des deux prochaines décennies.
C’est l’un des enseignements majeurs du sixième rapport d’évaluation publié par le Groupement intergouvernemental des experts sur le climat (Giec) à partir de 2021.
Dès son tout premier rapport, en 1990, le Giec a produit des scénarios comme autant de représentations stylisées décrivant les climats du futur et correspondant à nos trajectoires d’émission.
À partir des modèles climatiques de l’époque, ces scénarios projetaient à l’horizon 2100 un réchauffement moyen s’étageant entre 2 et 4,5 °C (relativement à l’ère préindustrielle).
Pour 2020, ils projetaient un réchauffement compris entre 1 et 1,5 °C. Trente ans après ce premier rapport du Giec, l’Office météorologique mondial a observé une hausse de la température moyenne de 1,2 °C pour 2020. La projection du premier rapport du Giec s’est ainsi révélée étonnamment robuste !

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Dans son sixième rapport d’évaluation, le Giec a retenu trois familles de scénarios, repérables à leurs couleurs sur le graphique ci-dessous. Ils se distinguent par la date à laquelle le pic d’émission de CO2 est atteint et par celle où la neutralité carbone permet de stabiliser son stock dans l’atmosphère.

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Les différentes familles de scénarios climatiques, selon les données du 6ᵉ rapport du GIEC (2021).  © GIEC

Compte tenu de l’inertie du stock, il faut de vingt à trente ans, le temps d’une génération, pour que la baisse des émissions impacte significativement le stock. C’est pourquoi le réchauffement climatique est une affaire générationnelle. Examinons le cas de la génération née en 2020, durant l’épidémie de Covid.
En 2050, la génération Covid aura 30 ans. Le climat qu’elle connaîtra sera largement déterminé par le stock de GES dans l’atmosphère dont elle a hérité en 2020. Le réchauffement moyen aura dépassé 1,5 °C, quel que soit le scénario considéré. Elle devra faire face à des impacts plus sévères que ceux du monde à 1,2 °C prévalant lors de sa naissance. C’est après 2050 que les conditions climatiques divergent fortement suivant les trajectoires d’émission et la couleur des scénarios.

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Dans les scénarios les plus émetteurs (en rouge sur le graphique ci-dessous), l’absence de toute action climatique conduit à une utilisation massive d’énergie fossile. Dans le meilleur des cas, le pic des émissions n’est atteint que vers la fin du siècle. Le stock de CO2 dans l’atmosphère n’a aucune chance de se stabiliser d’ici 2100, ce qui laisse augurer la poursuite du réchauffement au XXIIe siècle.
En 2075, la génération Covid atteint 55 ans : la force de l’âge. Dans le scénario rouge, elle doit faire face à un réchauffement moyen qui a dépassé 3 °C. Les conditions de production agricole se sont dégradées engendrant la multiplication des révoltes de la faim et les déplacements forcés de population. Le coût des extrêmes climatiques devient exorbitant.

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En 2100, la hausse du thermomètre approche 4 à 5 °C. Les multiples troubles résultant du dérèglement climatique ont désorganisé les économies. Des pans entiers de l’activité s’effondrent, ce qui va faire refluer les émissions de CO2. La fonte de l’Antarctique menace d’accélérer vertigineusement la remontée des eaux. Dans un tel chaos climatique, il est difficile d’imaginer comment les sociétés peuvent encore fonctionner. La protection des survivants de la génération Covid, maintenant octogénaires, devient un pari impossible.

Les différentes familles de scénarios climatiques, selon les données du 6ᵉ rapport du GIEC (2021).  © GIEC

À l’opposé du rouge, on trouve les scénarios bleus de contrôle des émissions. Pour être dans le scénario bleu, le monde doit passer le pic d’émission de CO2 dès 2020, puis abaisser suffisamment les émissions pour stabiliser le stock (neutralité carbone) au plus tard vers 2070.
En 2075, la génération Covid a drastiquement réduit sa consommation d’énergie fossile. Elle est simultanément parvenue à maintenir la capacité d’absorption du CO2 par le milieu naturel en protégeant la biodiversité terrestre et marine. La température moyenne se stabilise entre 1,5 et 2 °C.

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Malgré l’incroyable bouleversement du paysage énergétique opéré depuis 2020, le temps a aussi manqué dans les scénarios bleus pour mettre les Terriens totalement à l’abri du risque climatique. La génération Covid découvre alors que la neutralité climatique n’était qu’un point de passage. Pour limiter les risques climatiques, il convient de passer en régime d’émissions négatives pour réduire le stock de CO2 dans l’atmosphère et ramener le réchauffement nettement en dessous de 2 °C.
Les actions à conduire sont complexes, mais pas hors de portée. Les émissions résiduelles de CO2 sont les plus difficiles à réduire. Les capacités d’absorption du CO2 par le milieu naturel ne sont pas extensibles à l’infini et les technologies de captage par la technologie s’avèrent coûteuses. Dans le meilleur des cas, le renforcement de l’action climatique ramènera la hausse du thermomètre à + 1,5 °C en 2100, ce qui facilitera grandement la protection des octogénaires de la génération Covid.
Dans le monde en jaune, le pic des émissions mondiales de CO2 est atteint vers 2030 pour se stabiliser sur un plateau pendant deux décennies. Les engagements des pays annoncés à la COP26 de Glasgow (2021) au titre de l’accord de Paris sont réalisés. Mais on ne va pas au-delà de ces engagements. Dans ce monde de l’après-Glasgow, le recul des émissions après 2050 ne permet pas d’atteindre la neutralité d’ici la fin du siècle. Le réchauffement n’est pas stabilisé.
En 2075, la génération Covid fait face à un réchauffement moyen dépassant 2 °C. Sécheresses et tempêtes affectent de plus en plus les rendements agricoles. La situation alimentaire mondiale se dégrade. Les émeutes de la faim se multiplient. Le coût des dégâts occasionnés par les cyclones tropicaux a monté en flèche. Les habitants des zones affectées ne peuvent plus assurer leurs biens auprès des compagnies d’assurances.

  • HL-FRANCE-MAINE ET LOIRE-SECHERESSE-LA LOIRE AU PLUS BAS – La Loire, quasiment à sec dans le Maine-et-Loire, ici le 5 août. &copyJEAN-MICHEL DELAGE / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
  • Le niveau du Verdon est tellement bas que la navigation y a été interdite. Mais des touristes s’aventurent encore au-delà de la limite depuis le lac de Sainte-Croix. &copyRAPHAEL SCHOTT / PHOTOPQR/NICE MATIN/MAXPPP
  • Dans ce golf du Morbihan, l’herbe a séché et seuls les greens, près des trous, sont arrosés. L’arrosage des golfs en pleine sécheresse fait polémique. &copyVINCENT GERBET / Hans Lucas via AFP
  • Le gigantesque feu de Landiras a repris mardi et a déjà détruit 6 000 hectares de forêt ce mercredi 10 août. &copyBENJAMIN GUILLOT-MOUEIX / Hans Lucas via AFP
  • Les restrictions d’arrosage ont eu raison de cette récolte de tournesols dans la Drôme. &copyNICOLAS GUYONNET / Hans Lucas via AFP
  • Le lac de Serre-Ponçon, dans les Hautes-Alpes, retenu par le plus grand barrage hydroélectrique d’Europe, a perdu 13 mètres de son niveau habituel à la même période. &copyTHIBAUT DURAND Hans Lucas via AFP
  • Le feu de Landiras, visible depuis la plage du Pyla, ce mardi 9 août. &copySOPHIE GARCIA / Hans Lucas via AFP
  • Un feu de forêt s’est déclaré dans le Maine-et-Loire lundi 8 août. &copyESTELLE RUIZ / Hans Lucas via AFP
  • Opération sauvetage de poissons dans la Siarne, une rivière de Charente menacée par la sécheresse, le 10 août. &copyYOHAN BONNET / AFP
  • Le lac artificiel de Montbel, entre l’Ariège et l’Aude, voit son niveau baisser. L’eau stockée en hiver dans la retenue sert à l’irrigation du Lauragais et de la plaine d’Ariège. &copyFREDERIC SCHEIBER / Hans Lucas via AFP
  • Depuis la dune du Pilat, ici le 27 juillet, les touristes contemplent la forêt en grande partie détruite par un gigantesque incendie en juillet, qui n’est toujours pas éteint. &copyVALENTINO BELLONI / Hans Lucas via AFP

La hausse du niveau de la mer a dépassé 0,5 me. Le Giec vient de rappeler qu’elle va s’accentuer et se prolonger bien au-delà de 2100. Manhattan achève une digue de protection d’un mètre cinquante pour protéger ses actifs et sa population. Dans les deltas, l’évacuation des zones les plus vulnérables a commencé, car la montée des eaux va se prolonger longtemps après la stabilisation du thermomètre.
La génération Covid prend alors conscience que la stabilisation de la température n’est toujours pas en vue. Elle entreprend d’accélérer l’action climatique. Mais le « budget carbone » mondial mesurant la quantité globale d’émissions de CO2 donnant deux chances sur trois de stabiliser le réchauffement à 2 °C a été intégralement utilisé avant 2050.
Malgré l’accélération de la baisse des émissions, la neutralité carbone ne sera pas atteinte avant la fin du siècle. En 2100, le réchauffement moyen dépasse 2,5 °C. Les vieux jours de la génération Covid ne se présentent pas sous les meilleurs auspices, car la hausse du thermomètre n’a pas été enrayée.
Vers quel monde nous dirigeons-nous ? Sa couleur ne dépend pas d’un tirage au sort, comme à la loterie. Elle résultera au premier chef de l’évolution de nos émissions durant les prochaines décennies.
Les scénarios en rouge ont une faible probabilité de se réaliser pour des raisons économiques. La chute du prix des énergies renouvelables et du coût du stockage de l’électricité rend économiquement rentable la bascule vers les énergies décarbonées et l’abandon graduel des énergies fossiles. Cette bascule va s’opérer même en l’absence d’action climatique. Elle limitera les rejets anthropiques de CO2, mais sera trop lente pour nous ramener vers le bleu ou le jaune.
L’action climatique engagée n’est pas non plus suffisante. Elle reporte sur les générations futures une part bien trop élevée des engagements de réduction d’émission. Elle nous dirige donc vers le scénario jaune en nous éloignant du bleu à mesure que le temps passe. L’enjeu des prochaines étapes de la négociation climatique sera par conséquent de passer du jaune au bleu, en accélérant les transitions énergétiques et agroécologiques.
La COP27 qui vient de s’ouvrir à Charm el-Cheikh sur fond de dissensions entre pays riches et pays pauvres permettra-t-elle d’avancer dans cette direction ?
Christian de Perthuis est professeur d’économie, fondateur de la chaire Économie du climat, Université Paris Dauphine – PSL
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J’ai travaillé 15 ans en Afrique équatoriale où la température moyenne est toute l’année de l’ordre de 30degrés et une humidité d’environ 80 %. On s’adapte très vite, pas de problème, les horaires de travail sont décalés pour éviter le soleil à son rayonnement au zénith. Mais on arrive à avoir la même activité qu’en France sports compris. Le réchauffement n’est pas un gros problème. Comme de toute façon on ne passera pas de 15 degrés à 30 en 24heures. La végétation comme les animaux s’adapteront progressivement. Ce ne serait pas le première fois. Cela c’est produits de nombreuses fois au cours de l’histoire. Il ne faut surtout oublier le facteur temps qui s’énonce parfois en milliers d’années.
@Noob, le progrès du XXème et du XXIème siècle n’est pas une religion, mais un fait

Les idées des Lumières ont conduit certes à la révolte face à l’absolutisme monarchique, mais la Terreur a tourné le dos à ces idées en tyrannisant tous ceux qui refusaient la dictature révolutionnaire ! Voltaire n’avait rien d’un tyran…
De même, parler de « religion du progrès » est totalement ridicule, alors que la religion s’appuie sur la foi dans un idéal, une puissance métaphysique, qui n’existe pas sur terre.
Considérer que le progrès peut être religieux, c’est considérer que le progrès n’existe pas ici, alors que l’histoire de l’humanité et en particulier, des 150 dernières années a de fait contredit tous les pronostics religieux, tous les anathèmes !
Cela me fait penser à Macron qui parlait de « fétichisme des excédents budgétaires », pour parler de bonne gestion des finances publiques en Allemagne. Y-a-t-il de la religion, de l’idéologie, dans le fait de tenir ses comptes, payer ses dettes, préserver son économie ? Quand les mots ne veulent plus rien dire, quand leur sens est inversé ou manipulé, on ne peut plus discuter, on ne peut plus raisonner… La gauche marxiste est coutumière de ces manipulations, pour tenter de diaboliser les idées adverses, pour inverser le sens des mots, pour se parer de tous les habits de vertu, de rationalité et maintenant, invoquer la science, pour justifier ses punitions. Non, les principes des philosophes des Lumières ne peuvent se résumer à une guerre de religion, de même que le capitalisme ne se résume pas à la lutte de classes ! Ceux-ci ont prouvé leur supériorité de façon incontestable, dans les faits. Il vaut mieux la démocratie libérale à la dictature communiste ou monarchique. Il vaut mieux l’économie de marché et capitaliste au communisme de l’URSS, ou de Mao. Il vaut mieux la liberté à la tyrannie. Il vaut mieux vivre avec les progrès économiques, technologiques, médicaux, des XXème et XXIème siècle qu’à l’époque de Molière, etc.
Votre foi aveugle en la technologie décrit exactement les limites de votre raisonnement
La technologie est un magnifique outil. C’est l’usage que l’on en fait qui peut être mauvais ou bon (comme la langue pour Esope)

Quant à l’action qui précède l’intention, ce n’est qu’une formule passe partout. De même que les diseurs petits faiseurs et autres dictons que vous affectionnez
Vous parlez de la liberté des Lumières, idem, ces Lumières ont surtout débouché sur a tyrannie et ont guillotiné nos plus grands scientifiques de cette époque (dont Lavoisier qui en aura fait les frais).
Il faut sortir de ce mythe et cette religion du progrès, ils ont fait leur temps et nous changeons de cycle, aussi inconfortables puissent être ces périodes de transition où s’engouffrent tous les escrologistes et autres activistes woke de tout poil, profitant de ce désordre pour essayer d’imposer leurs dogmes.

En résumé, autant accompagner ces changements plutôt que de les subir en refusant de voir la réalité et en se raccrochant à tous ces gadgets technologiques qu ne font que déplacer les problèmes et essayent de temporiser sans ne rien résoudre
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