Congrès de fondation de Révolution Permanente : compte-rendu … – http://www.revolutionpermanente.fr/Section-Politique

Crédits photo : O Phil des Contrastes
Le point de situation internationale s’est ouvert vendredi sur un rapport de Juan Chingo, partant du document international en cherchant à affiner certaines de ses définitions et à en actualiser un certain nombre d’éléments.
Celui-ci a commencé par une discussion méthodologique. Si objectivement une période de « crise, guerres et révolutions » s’ouvre, comme le montre la guerre en Ukraine, du point de vue des phénomènes politiques et de la lutte des classes, les tendances aux extrêmes, c’est-à-dire à la révolution et la contre-révolution, apparaissent plus atténuées. Du côté de la bourgeoise, cela s’explique par le fait que, en dépit de la réaction néo-libérale, le prolétariat conserve encore des positions dans la démocratie bourgeoise qu’il n’est pas facile renverser avec la force dont dispose actuellement la contre-révolution. Du côté du prolétariat, malgré la crise des vieilles directions du mouvement ouvrier, corrompues et éloignées de ses intérêts, la persistance de la crise du marxisme révolutionnaire empêche de résoudre dans l’immédiat la crise de la subjectivité ouvrière. Produit de la défaite et de la canalisation de la montée de la lutte des classes des années 1960-1970, la succession de révoltes à échelle mondiale depuis les Printemps arabes crée cependant des pré-conditions pour la dépasser.
Dans un second temps, le rapport est revenu sur les évènements majeur postérieurs à la rédaction du document international. En Chine, l’explosion de colère ouvrière à Foxconn et les manifestations contre la politique zéro-Covid dans tout le pays ont exprimé une colère latente dans le pays. Si celle-ci n’a pas encore donné lieu à un véritable soulèvement, l’ampleur national de la mobilisation, le rôle joué par la classe ouvrière et la mobilisation de secteurs des « classes moyennes » qui ont constitué la base du PCC pourrait ouvrir la voie à une déstabilisation profonde du régime. Une tendance à suivre de près.
En Iran, la révolte qui dure depuis plusieurs mois contre le régime constitue l’élément le plus avancé de la situation internationale sur le terrain de la lutte des classes, malgré une intervention encore limitée de la classe ouvrière. Son irruption dans le mouvement pourrait changer la donne, comme cela avait été le cas au moment de la révolution de 1979 contre le régime du Shah. Un processus profond que l’on voit, dans une moindre mesure, au Pérou où une profonde crise politique s’est ouverte suite au coup d’État institutionnel de la droite qui a abouti à l’arrestation et la destitution du président Pedro Castillo, mobilisant les travailleurs et classes populaires depuis plusieurs semaines.
Du côté des pays impérialistes, des processus se donnent également à voir en Angleterre mais aussi aux Etats-Unis. Face à la crise politique au Royaume-Uni, l’irruption cet été de la classe ouvrière se poursuit cet hiver en s’élargissant notamment aux infirmières. Un processus qui montre une continuité remarquable et ouvre, au moins en perspective, la possibilité d’une grève générale. Aux Etats-Unis, l’importante combativité des cheminots a conduit le Parti Démocrate à agir récemment activement pour empêcher une grève, avec le soutien de son aile de gauche au travers de Alexandria Ocasio-Cortez et l’appui politique du journal Jacobin. Cela pourrait ouvrir une crise avec sa base ouvrière.
Les éléments de polarisation s’expriment aussi sur la droite avec le coup d’Etat fomenté par l’extrême-droite en Allemagne. Celui-ci visait à prendre le Bundestag et à s’en prendre à des personnalités politique et des notables locaux en s’appuyant sur de petits groupes armés, prêts à intervenir partout en Allemagne. Si celui-ci a été déjoué, il reste cependant révélateur du saut d’organisation de l’extrême-droite et l’expression d’une importante polarisation au sein du principal pays impérialiste en Europe.
L’introduction est également revenue sur l’importance de la question écologique dans la situation internationale et des évolutions des tendances sur ce plan. Alors que prédominaient ces dernières années du côté des pays impérialistes un discours de type « capitalisme vert », centré sur la nécessité de verdir le système actuel, la COP 27 à Charm-el-Cheikh a signé le retour en force du capitalisme fossile. Le conflit en Ukraine a notamment joué un rôle décisif dans le fait de mettre au premier plan les impératifs d’approvisionnement en énergie, renvoyant en arrière les discussions Une situation qui remet profondément en question l’espoir d’imposer graduellement une transformation écologique du capitalisme porté par la majeure partie des forces écologistes.
Finalement, l’introduction a rappelé la définition de la guerre en Ukraine présentée dans le document international, en insistant sur la spécificité d’un conflit dans lequel l’unité impérialiste derrière l’Ukraine est totale mais aussi sur la façon dont la guerre est entrain de redorer le blason de l’impérialisme occidental, qui avait essuyé un revers lors du départ des Etats-Unis d’Afghanistan deux années auparavant. Les tendances inquiétantes à la remilitarisation de certaines puissances comme l’Allemagne, rompant au passage avec sa politique historique de partenariat avec la Russie de façon brutale, ont également été évoquées. Un renforcement conjoncturel de l’impérialisme américain et du camp impérialiste qui souligne la nécessité d’une politique indépendante tant de la Russie que du gouvernement Zelensky, subordonné à l’OTAN.
Cette dernière question a été au cœur des débats internationaux du Congrès. Une position minoritaire, exprimée dans le bulletin interne de l’échéance et dans les débats, a ainsi pointé la nécessité de soutenir certaines composantes ouvrières engagées dans la résistance ukrainienne. Pour expliquer cette position, certains délégués se sont notamment appuyés dans la discussion sur l’exemple des positions des révolutionnaires de soutien à la Chine au moment du conflit sino-japonais en dépit du soutien des Etats-Unis à Tchang Kaï-Chek. Tout en dénonçant le rôle de l’OTAN, ils ont également souligné l’existence de forces participant au conflit autour de positions critiques du gouvernement de Zelensky, voire se revendiquant « socialistes » ou anarchistes. Celles-ci interviennent au sein de l’armée ou des unités de défenses territoriales qui y sont intégrées et devraient être soutenues afin de permettre à une politique indépendante d’émerger. En ce sens, un délégué a évoqué l’expérience d’un convoi de solidarité avec l’Ukraine des convois du Réseau Syndical International de Solidarité et de Lutte organisés en lien avec des forces syndicales d’Europe, d’Amérique Latine et du syndicat indépendant des mineurs de Krivoy Rog, comme des outils pour se lier à certains éléments de la classe ouvrière ukrainiennes. L’idée selon eux est de renforcer les potentiels secteurs progressistes au sein du camp ukrainien pour accroitre les chances que ceux-ci jouent un rôle décisif contre l’armée d’invasion de Poutine et contre la colonisation économique des impérialismes soutenant Zelenski dans la limite de leurs propres intérêts.
D’autres délégués ont au contraire souligné le caractère illusoire de l’opposition des forces évoquées plus haut, telles que Mouvement social, membre observateur du SU-QI, jugées totalement adaptées à la politique de Zelensky. Ils ont également noté les différences importantes avec le conflit sino-japonais, en soulignant le soutien impérialiste unanime derrière l’Ukraine d’aujourd’hui.
Au-delà du conflit, des délégués ont également souligné combien le renforcement de l’impérialisme actuel ouvrait la voie à une période dure, d’affrontements entre grandes puissances, et ce quelle que soit l’issue de la guerre, que seule une politique indépendante du mouvement ouvrier pouvait espérer contrecarrer. A ce titre, si le désastre que constituerait une victoire de Poutine en Ukraine a été souligné, certains délégués ont insisté sur le fait qu’une victoire du camp ukrainien sous domination occidentale ouvrirait la voie à une vassalisation de l’Ukraine, dont l’avenir politique devrait plutôt ressembler à la Corée du Sud ou la Hongrie qu’au retour à une démocratie bourgeoise fantasmée par certains soutiens de l’impérialisme.
La discussion sur la situation nationale s’est ouverte par une introduction de Paul Morao, prolongeant le document proposé à la discussion, en soulignant les coordonnées dans lesquelles se préparait la future bataille des retraites. Des coordonnées marquées, au niveau le plus général, par la continuation d’une situation de crise économique, alors que l’INSEE annonce une potentielle récession pour le début de l’année 2023 et que l’inflation devrait se renforcer. Une dynamique à laquelle s’ajoute la crise énergétique, qui fait peser le risque de coupures de courant inédites dans le pays cet hiver, nourrissant le sentiment d’une dégradation des conditions d’existence dans le pays déjà renforcé par la crise de l’hôpital public et celle des transports.
Ces éléments alimentent la crise politique qui se poursuit et a montré récemment ses conséquences avec la décision prise par Emmanuel Macron de repousser in extremis l’annonce du projet de réforme des retraites. Alors que le gouvernement entend passer ce projet violemment anti-social avant l’été, il veut conjurer son isolement avant d’opérer le grand saut.
Celui-ci est d’abord politique. En effet, alors que le gouvernement a besoin d’appuis à l’Assemblée nationale pour passer sa réforme sans jouer la carte 49.3, le RN s’oppose à la mesure, tandis que son allié central, Les Républicains, est divisé autour des modalités de la réforme. Si les débats sont centrés sur la forme, ils n’empêchent pas de vrais dangers pour le gouvernement puisque Olivier Marleix, patron des députés LR est allé jusqu’à évoquer une motion de censure de la droite comme « une hypothèse » en cas de passage par 49.3 de la réforme. Une situation qui montre combien la crise politique limite les marges de manœuvre du gouvernement. D’autant que Macron fait face à des divisions jusqu’à dans son propre camp, avec Richard Ferrand et Bruno Le Maire qui ont appelé à temporiser ou Edouard Philippe qui a reculé sur sa position initiale d’un recul pouvant aller jusqu’à 67 ans.
L’isolement est également syndical puisque contre la réforme des retraites, Macron fait face à un front syndical large inédit depuis 2010 et intégrant la CFDT. Dans ce cadre, à défaut de convaincre la centrale de Laurent Berger, qui a voté à son dernier Congrès le rejet de tout recul de l’âge de départ à la retraite, le gouvernement voudrait tentait de neutraliser la confédération en offrant des miettes sur le terrain de la pénibilité, des carrières longues, ou en proposant une autre formule de réforme, abandonnant le programme maximum des 65 ans et mêlant recul de l’âge de départ et allongement de la durée de cotisations.
Dans ce contexte, le fondement stratégique du recul de l’annonce de la réforme se situe sur le terrain de la peur d’une explosion sociale. Cette peur, qui marque la bourgeoisie après l’expérience du premier quinquennat Macron, explique l’hésitation à engager le bras-de-fer sans avoir cherché à mettre toutes les chances de son côté. En effet, le mois de janvier, marqué par un approfondissement de l’inflation, la crise énergétique et une contre-réforme pourrait être explosif. De ce point de vue, la récente grève des contrôleurs SNCF, organisée sur Facebook et, dans un premier temps, en dehors des directions syndicales, a probablement joué dans l’inquiétude du gouvernement qu’une annonce avant Noël donne lieu à des phénomènes à la base inattendus et incontrôlables.
Malgré ces potentialités objectives, la politique des directions syndicales reste pour le moment marquée par l’attentisme. Après avoir participé aux concertations sur la réforme jusqu’à la fin, un front syndical uni de façon inédite depuis 2010 s’est engagé à lancer une mobilisation une fois la réforme présentée. Cette logique traduit un positionnement « responsable », dans la lignée de la stratégie du « dialogue social » qui a prédominé ces derniers mois. Aussi, si les directions syndicales vont animer la mobilisation, elles comptent bien jouer leur rôle de contention face à une colère sociale toujours plus large et devraient structurer leur plan autour de traditionnelles journées isolées visant à faire pression sur Macron.
Si la NUPES veut chercher à capitaliser sur la séquence des retraites, porter une politique alternative à cette perspective n’est en aucun cas l’objectif de la gauche institutionnelle. Sa politique est centrée sur la préparation de prochaines élections et de batailles parlementaires, au détriment de la construction d’un rapport de forces par la grève face au gouvernement. Celle-ci est par ailleurs affectée par la crise qui touche LFI, pilier autour duquel s’est construite la NUPES. Celle-ci a commencé autour de l’affaire Quatennens, qui a ouvert de premières tensions contre la figure de Mélenchon et sa direction bureaucratique. Elle s’est approfondie autour de la réorganisation du mouvement qui, si elle s’inscrit dans la continuité du fonctionnement « gazeux » du mouvement, se heurte à la consolidation de figures qui refusent le fait du prince de Mélenchon. Touchant y compris des proches de Mélenchon, notamment Alexis Corbière, Raquel Garrido ou Éric Coquerel, elle pourrait fragiliser LFI, sur laquelle Mélenchon conserve cependant encore largement la main.
La discussion a permis de préciser la caractérisation des phénomènes à la base, soulignant à la fois l’existence de phénomènes spontanés sur le terrain des salaires et leurs limites. Comme on l’a vu avec la grève des contrôleurs, on continue d’observer des tendances à la « gilet jaunisation », au sens de grèves issues de la base, imposée aux directions syndicales, avec une volonté progressiste de prendre ses affaires en main. Malgré ses limites (corporatisme, faiblesse de l’auto-organisation, direction auto-proclamée), ce mouvement exprime le fossé grandissant entre les directions syndicales et les aspirations de larges secteurs de travailleurs. Dans le même temps, si on observe des tendances à la multiplication des grèves pour les salaires à l’échelle d’entreprises voire des secteurs, comme cela a été le cas dans la pétrochimie ou récemment chez Sanofi, celles-ci y restent cantonnées du fait notamment de la politique des directions syndicales.
La discussion a aussi permis d’insister sur la spécificité de la bataille des retraites à venir. Contrairement aux grèves nationales de 2016 ou 2019, celle-ci va être organisée par un front syndical très large. Si cet aspect pourrait permettre une mobilisation massive, il implique un certain contrôle des bureaucraties qui préparent un plan de dates isolées et refusent de lier le combat pour les retraites à la question des salaires. En outre, contrairement à 2019 où les secteurs concernés par les régimes spéciaux avaient été à l’avant-garde du mouvement, Macron a choisi de les épargner en partie en mettant en place une clause du grand-père. Cependant, par rapport à la très complexe réforme « systémique » de 2019, le recul de l’âge de départ à la retraite apparaît comme une offensive plus compréhensible largement, et notamment pour les travailleurs les plus précaires ou exerçant les métiers les plus difficiles.
Dans ce cadre, au vu de la radicalité qui peut exister à la base, des contradictions entre la base et ces directions, dont le plan de bataille s’annonce très loin d’être à la hauteur des enjeux, pourraient rapidement émerger. Aussi, la construction d’une politique alternative, qui s’appuie à la base sur des secteurs d’avant-garde et des structures syndicales combatives et porte un programme liant bataille contre la réforme des retraites et lutte sur le terrain des salaires sera décisive. Celle-ci ne pourra émerger qu’en lutte contre les bureaucraties syndicales, en construisant les différents cadres d’auto-organisation qui émergeront au sein du mouvement (coordinations, AGs interprofessionnels, …) autour d’une plateforme revendicative qui permette d’unifier l’ensemble des secteurs de la classe ouvrière. Il s’agit d’une tâche qui doit être menée consciemment, d’autant plus en l’absence de secteurs qui se détachent pour jouer un rôle de locomotive comme cela avait été le cas de la RATP en 2019.
La question de l’évolution de la gauche institutionnelle a également été abordée. Si La France Insoumise cherche à se structurer dans certains secteurs, c’est dans la jeunesse qu’elle a le plus avancé en s’appuyant sur les organisations étudiantes liées à L’Alternative pour tenter de conquérir l’espace laissé vacant par la bureaucratie étudiante de l’UNEF. Si la construction de LFI est un succès relatif dans certaines facs, son avancée politique dans la jeunesse se heurte au décalage entre le projet porté par l’organisation et la radicalité de ce secteur, notamment sur le terrain féministe ou antiraciste. Dans le même temps, LFI tente d’utiliser cette implantation pour appuyer ses initiatives nationales, à l’image de la préparation de la marche du 21 janvier, appelée dans un premier temps par une intersyndicale de jeunesse dirigée par L’Alternative et appuyée par le NPA Jeunes avant d’être rejoint par la direction de LFI.
Du côté du mouvement ouvrier, il est clair que la logique de LFI reste très loin d’une construction organique. LFI, qui n’a réussi à coopter qu’à la marge des figures des derniers mouvements de grève nationaux, refuse en effet de faire des entreprises et lieux de travail un terrain de construction de luttes et du rapport de forces ou de contribuer à construire la grève reconductible contre le gouvernement. Pire, sa stratégie populiste s’oppose parfois clairement à cette stratégie, comme l’a montré l’attitude de l’organisation vis-à-vis de la grève des raffineurs, qu’elle a tenté d’invisibiliser jusqu’au dernier moment, où l’accent mis sur des marches symboliques le samedi.
Finalement, la discussion a permis de souligner l’enjeu que les cadres d’avant-garde qui émergeront dans la bataille des retraites soient capables de prendre en charge un ensemble de revendications démocratiques pour se lier à la jeunesse mais aussi au mouvement antiraciste, féministe, LGBT ou écologiste. Ces revendications démocratiques sont par ailleurs décisives pour affronter l’offensive autoritaire et xénophobe actuelle, amenée à se renforcer autour de la Loi Immigration, mais aussi les groupuscules d’extrême-droite qui cherchent à se construire dans les universités et n’hésiteront pas à attaquer les mobilisations à venir, principalement du côté étudiant.
Finalement, la discussion sur les bases politiques de la nouvelle organisation révolutionnaire a permis de revenir sur les éléments discutés dans les Assemblées à l’aune de l’explosion récente du NPA et de la crise au sein de LFI. Pour cela, l’introduction de Daniela Cobet est d’abord revenue sur l’histoire de la construction de Révolution Permanente, qui s’est forgé d’une part en lutte politique avec la direction historique du NPA et le projet des partis larges, et, d’autre part, en déployant une autre approche de l’intervention dans la lutte des classes, faisant de chaque grève une lutte politique dont les travailleurs doivent être les acteurs centraux. Cette approche, à laquelle s’est ajouté le choix de lancer un quotidien en ligne en 2015, a permis de se lier avec des secteurs de l’avant-garde ouvrière, en profitant de l’intensité de la lutte des classes depuis 2016 pour forger des dirigeants ouvriers politiques, préoccupés de l’ensemble des problèmes qui traversent la société.
Sur ce plan, la grève de Grandpuits a notamment fait école, en développant fortement l’auto-organisation des grévistes et en nouant une alliance avec des organisations écologistes contre des suppressions d’emplois dans une raffinerie Total. De même, la grève d’Onet en 2017 a reçu un certain écho dans les milieux intellectuels en posant des questions très politiques autour de la sous-traitance ou de la surexploitation des travailleurs immigrés. Ces expériences ont été permises par une volonté de contribuer à une fusion entre le marxisme révolutionnaire et les secteurs les plus avancés de la classe ouvrière et de disputer la radicalité ouvrière, faisant émerger de véritables tribuns du peuple à l’image du porte-parole de Révolution Permanente Anasse Kazib.
Ce projet politique, qui met au cœur l’intervention dans la lutte des classes, mais cherche également à intervenir dans le mouvement étudiant autour du Poing Levé, dans le mouvement féministe avec Du Pain et des Roses pour y défendre la nécessité d’une perspective révolutionnaire et de se lier à la classe ouvrière, sera au cœur de la nouvelle organisation. Sur ce plan, la discussion a également permis à différents délégués d’insister sur la question de l’intervention dans le mouvement antiraciste, notamment face à l’offensive xénophobe à venir, mais également dans le mouvement écologiste ou encore dans certains secteurs du mouvement ouvrier tels que la grande distribution ou de premières expériences ont été menées ces derniers mois.
La question de l’explosion récente du NPA, dont RP a été exclu il y a un an et demi, a évidemment pris une place importante dans les échanges. De fait, le projet de RP se construit en opposition avec l’orientation qui a été celle du NPA depuis sa création, abandonnant la centralité de la classe ouvrière et le projet révolutionnaire au profit d’une organisation sans délimitations stratégiques claire, d’un mouvementisme flou et d’une adaptation croissante à la gauche réformiste. La question de dépasser cet échec est apparu comme un enjeu central, notamment pour les militants de cette organisation qui se sont opposés historiquement à la liquidation de l’indépendance politique vis-à-vis de la gauche institutionnelle voulue par l’ex-majorité du NPA.
A ce titre, la revendication de « continuer le NPA » qui prédomine pour le moment du côté de l’Étincelle et d’Anticapitalisme & Révolution tend à contourner la question du bilan de cette organisation, que les prochains mois devraient au contraire permettre de tirer jusqu’au bout. Un processus auquel RP veut contribuer, en organisant des discussions sur ce plan, en ouvrant les pages de notre journal, mais également en proposant au « NPA maintenu » de futures actions et initiatives communes en toute indépendance de classe, que ce soit sur le terrain de la lutte des classes ou même électoral. La nouvelle organisation se situe de ce point de vue dans une perspective plus générale de refondation de l’extrême-gauche, après l’échec de celle-ci (Lutte Ouvrière comprise) à jouer un rôle décisif et se renforcer dans le cadre de la vague de lutte des classes ouverte en 2016.
Les interventions ont également souligné l’importance de l’internationalisme et de la Fraction Trotskyste – Quatrième Internationale dans sa construction. RP s’est nourri de façon importante des batailles théoriques menées par ce regroupement international. Face à la liquidation des acquis stratégiques du mouvement révolutionnaire, depuis la période de l’après-guerre jusqu’à dans la période néolibérale, ces batailles ont permis de préserver et de faire vivre un patrimoine théorique riche, tout en le faisant dialoguer avec des problématiques contemporaines, et de forger des cadres révolutionnaires internationalistes intransigeants. RP a également bénéficié de l’expérience de construction d’organisations révolutionnaires dans d’autres pays, et la demande d’adhésion de la nouvelle organisation à la FT-QI, accueillie avec un grand enthousiasme par les délégués, marque une avancée importante pour ce courant international né en Amérique Latine et à l’origine du réseau de quotidiens La Izquierda Diario dont RP fait partie.
La discussion est également revenue sur l’enjeu d’approfondir le travail théorique et idéologique, initié en France autour de l’étude de la classe ouvrière hexagonale ou du mouvement des Gilets jaunes, pour renforcer l’organisation, souder ses membres sur la base d’une compréhension commune, batailler contre l’idéologie dominante, savoir s’orienter dans la réalité comprenant le marxisme comme « guide pour l’action », etc. Cet enjeu est étroitement lié avec celui de la formation théorique de l’ensemble de l’organisation et en particulier des cadres ouvriers et jeunes.
Le Congrès a finalement adopté une charte statutaire provisoire, établissant les droits et devoirs des militants de la nouvelle organisation dont le droit de tendances, avant d’élire démocratiquement, à l’issue d’un débat démocratique et d’un vote de l’ensemble des délégués, un comité central, chargé de diriger la nouvelle organisation jusqu’à son prochain congrès.
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