Comment inciter les plus précaires à faire garder leurs tout-petits – La Gazette des communes

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Petite enfance
Publié le 24/10/2022 • Par Michèle Foin • dans : Actu expert santé social
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La littérature scientifique internationale (1) démontre les bienfaits de la fréquentation de la crèche dans la réduction des inéga­lités de ­développement, tant au niveau cognitif que socioémotionnel. Cet effet est d’autant plus important que les enfants sont issus de milieux socio­économiques ­défavorisés. Accueillir davantage ces familles est donc devenu l’un des objectifs de la Stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté engagée en 2018.
En avril 2021, la délégation interministérielle dédiée lançait l’appel à manifestations d’intérêt « accueil pour tous » afin de toucher ce public en dehors des radars. Ainsi, 21 projets ont été retenus dans quinze territoires fragiles affichant un taux de pauvreté moyen de 32 %, deux fois supérieur à la moyenne nationale. Objectif : travailler sur l’offre d’accueil et connaître les motivations de ceux qui ne demandent rien. « Nous voulons sortir des cadres habituels en donnant plus de moyens sur l’ingénierie de projets pour favoriser l’innovation », insiste la délégation.
Ce réseau de territoires démonstrateurs est animé par l’Ansa. Or ce n’est pas simple. « Un accueil collectif réservé en priorité aux parents qui travaillent, telle a longtemps été la vision partagée des professionnels comme des parents », note ­Valérie ­Siraud, responsable de projet à l’Ansa et animatrice du réseau des territoires ­démonstrateurs. C’est donc une forme d’auto­censure de part et d’autre qu’il convient de déconstruire.
« Nous disposons d’outils de communication, mais pas forcément adaptés à ces familles, qui ­méconnaissent l’offre de garde et les actions de soutien à la parentalité », concède ­Amandine ­Grenez, directrice de la petite enfance de ­Roubaix (98 800 hab., Nord). Depuis avril, la ville fait appel à l’association Voisins malins pour effectuer du porte-à-porte dans trois secteurs de la ville et informer les parents sur les services proposés avec le support d’un livre. « Cela crée un lien de confiance entre voisins. Tout en permettant d’explorer les raisons du non-recours », témoigne-t-elle.
Parmi les premiers éléments recueillis : la peur d’être jugé sur la façon de se vêtir, d’éduquer les enfants… Des informations qu’ATD Quart Monde, partenaire de ­Roubaix, a documentées. Avec l’association, la ville a bâti le contenu d’une formation pour les professionnels de la petite enfance afin de les sensibiliser à la meilleure façon d’accompagner les familles en grande précarité. « Nous voulons agir sur les représentations sociales », revendique ­Amandine ­Grenez.
Une formation qu’a aussi entreprise La Chapelle-Saint-Luc (11 740 hab., Aube) auprès de ses équipes de terrain, dans le cadre du développement de l’offre d’accueil vers les familles en insertion. Trois places à vocation d’insertion professionnelle ont été créées au sein de la microcrèche située en QPV. « Cela a nécessité un important travail de partenariat avec la mission locale et Pôle emploi », souligne ­Séverine ­Bernard, coordinatrice adjointe « petite enfance ».
En janvier, six enfants y ont été accueillis et ont depuis obtenu une place pérenne. La ville a aussi décidé de mieux répartir son offre en délocalisant la crèche familiale en dehors du QPV pour un meilleur accès à tous, tandis que la construction d’un pôle « petite enfance » dans ce quartier est en projet pour 2026.
« Dans le contexte de pénurie de recrutement et de déficit de places d’accueil sur certains territoires, il n’est pas certain que l’offre nouvelle bénéficie à ces publics. Cela suppose une vraie coalition ­d’acteurs à tous les bouts de la chaîne », pointe ­Valérie ­Siraud. Or qui, mieux que les départements, ­chargés de ­l’insertion et de la PMI, peuvent avoir cette vision à 360° ?
En Seine-Saint-Denis, cela fait quatre ans que l’on expérimente l’intermédiation dans l’accès aux modes d’accueil pour les familles en insertion et en grande difficulté. L’association SFMAD pilote le dispositif appelé « fais-moi une place » (FMUP). Une association ancrée sur le territoire avec une triple intervention de gestionnaire de crèches, de formation dans les métiers de la petite enfance et d’acteur de l’accès à l’emploi.
Avec un taux de couverture de l’accueil du jeune enfant de 31 %, contre presque 60 % en moyenne nationale, la Seine-Saint-Denis est l’un des territoires les plus mal lotis. Il s’agit donc, pour le FMUP, de trouver des places disponibles dans un contexte de pénurie, tout en accompagnant les personnes en demande, orientées par les acteurs de l’insertion. « Contrairement à toute attente, 168 assistantes maternelles se sont portées volontaires pour participer », s’étonne encore Ana ­Larregle, responsable du pôle « innovation petite enfance - parentalité » au sein de la PMI du département.
Mais il n’est pas simple pour ce public, essentiellement des mères isolées, de devenir employeur d’une assistante maternelle, au niveau administratif comme financier. Le reste à charge est en effet plus important que pour une place en crèche. Deux responsables­ de ­projets les accompagnent dans leurs démarches. « Ensuite, elles détectent le niveau d’autonomie de la mère et l’aident éventuellement à établir les fiches de paie », ajoute Ana ­Larregle.
En quatre ans, le FMUP a traité 900 demandes dont 400 concrétisées par une place d’accueil, 62 % en accueil individuel et 34 % en crèche. Quant aux familles ayant refusé la place en fin de parcours, une étude qualitative a été menée auprès des usagers pour analyser leurs motivations. « Il n’y a pas un public, mais plusieurs, remarque Ana ­Larregle. Une partie de ces personnes sont avancées dans l’accès­ à la formation ou à l’emploi, mais les autres ne sont pas du tout prêtes à confier leur enfant car elles sont très éloignées des réseaux de solidarité locaux. »
Même constat dans le Pas-de-Calais. En janvier, le département a créé neuf postes d’intermédiatrices, essentiellement des éducatrices de jeunes enfants, pour accompagner les personnes en insertion dans la recherche d’une solution d’accueil. « En moyenne, un accompagnement peut durer quatre mois. Nous faisons du sur-mesure », détaille ­Vincent ­Lemaitre, chargé d’études au sein du service « insertion et emploi ».
Il s’agit de repérer la personne, d’écouter ses besoins et de l’amener vers la crèche en la mettant en confiance. « Du temps est nécessaire, affirme-t-il, au risque de tout faire capoter. » Et ­Evelyne ­Nachel, vice-présidente chargée de l’enfance et de la famille, d’ajouter : « Les femmes se sentent coupables de laisser leur enfant pour trouver un emploi. Il faut leur faire comprendre que c’est une solution pour elle comme pour l’enfant, qui va pouvoir se socialiser. » En août, 215 personnes étaient suivies, preuve que le dispositif répond à un réel besoin.
A ­Roubaix, la ville a organisé des ateliers « garde d’enfants » pour les familles en insertion. L’occasion de leur expliquer l’aide administrative que peut apporter le relais petite enfance dans le recours à une assistante maternelle. « Nous nous sommes rendu compte que les parents avaient d’abord besoin d’un accompagnement à la séparation », dévoile ­Amandine ­Grenez.
Pour les plus éloignés du parcours d’insertion, des ateliers d’éveil ludiques sont mis en place avec les assistantes maternelles pour qu’ils apprennent à connaître leur métier. « Ces rencontres ont lieu dans un centre social, avec la présence rassurante des personnes qui les accompagnent dans le quartier », ajoute ­Amandine ­Grenez. A ­Villiers-le-Bel (28 400 hab., ­Val-d’Oise), trois centres sociaux de la ville organisent une garderie éphémère. « Un accueil très partiel, mais régulier, pour justement travailler la séparation », explique ­Sandrine ­Guenin, responsable du service de la petite enfance. Une cinquantaine d’enfants ont pu en profiter. « Les professionnels ont fait part d’une amélioration du langage et d’une séparation réussie », se réjouit-elle.
Malheureusement, la pérennité du dispositif est incertaine, les financements de l’appel à projets se terminant en fin d’année. « Si cela s’arrêtait trop vite, nous perdrions les effets de cette belle dynamique », s’inquiète ­Evelyne ­Nachel. « Cet appel à projets nous permet de pointer ce qui ne va pas dans le droit commun. Nous aimerions, par exemple, que des places soient réservées pour l’insertion en accueil individuel », insiste ­Amandine ­Grenezs qui pense aux négociations imminentes de la future convention d’objec­tifs et de gestion (2). Un premier pas vient d’être franchi puisque le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2023 prévoit ­d’harmoniser les restes à charge entre accueil individuel et ­collectif.
En 2018, le Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge estimait qu’il fallait créer 230 000 places d’accueil d’ici à 2022 pour satisfaire les besoins de familles (3). Le 22 septembre, ­Jean-Christophe ­Combe, ministre des Solidarités, de l’autonomie et des personnes handicapées, admettait qu’il manquait 10 000 professionnels pour « rétablir, dans des conditions de travail normales, notre capacité théorique d’accueil actuelle ».
« J’ai interrogé une trentaine de mères entre 20 et 37 ans, la plupart monoparentales, allocataires du RSA. Il s’agissait de comprendre pourquoi certaines vont au bout de la démarche de “Fais-moi une place”, quand d’autres abandonnent si près du but. Huit n’ont pas été acceptées au concours qu’elles préparaient. Certaines ont évoqué le reste à charge trop important pour une assistante maternelle.
D’autres préféraient la crèche, face à un profil d’assistantes maternelles qu’elles jugeaient trop proche du leur et de moindre valeur ajoutée. D’autres encore ont évoqué la difficulté à concilier emplois précaires et vie de famille. Ces femmes, qui valorisent leur rôle de mère, préfèrent attendre l’entrée à l’école du petit avant de reprendre un travail.
Tous ces motifs d’abandon interrogent sur la réponse institutionnelle à leur apporter. Face à l’injonction de mise au travail, elles expriment surtout l’envie d’avoir des activités en adéquation avec leur rôle de mère. »
Thèmes abordés
Notes
Note 01 (1) « Les politiques d’accompagnement au développement des capacités des jeunes enfants », « L’E-ssentiel n° 206 », Cnaf, 2022. Retour au texte
Note 02 (2) Entre l’Etat et la Cnaf, signée pour cinq ans. Retour au texte
Note 03 (*) « L’accueil des enfants de moins de 3 ans », tome II, Orientations, rapport du 10 avril 2018. Retour au texte
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