Chômage : Emmanuel Macron peut-il vraiment viser le plein-emploi ? – Capital.fr

Les pénuries de main-d’œuvre qui, depuis quelques mois, sévissent un peu partout en Europe, donnent de bien curieuses idées à certains… Mi-juin, la ministre néerlandaise des Affaires sociales et de l’Emploi, Karien van Gennip, a ainsi invité les « décrocheurs » des banlieues françaises à rejoindre son pays, histoire de regarnir les rangs des salariés de l’hôtellerie et de l’horticulture. Un bon moyen, a-t-elle même complété, « de remettre ces jeunes dans le droit chemin ». Exporter nos chômeurs !
Si l’idée pourrait avoir comme avantage de faire pousser davantage de tulipes, pas sûr qu’elle fasse sourire Olivier Dussopt, le nouveau ministre du Travail, confirmé lors du remaniement de début juillet, ainsi qu’Emmanuel Macron, qui n’a cessé de marteler, au cours de la campagne présidentielle puis des législatives, son ambition de parvenir au plein-emploi d’ici la fin de son second quinquennat. Soit un taux de chômage de 5% tout rond.
Une promesse alors d’autant plus crédible que la moitié du chemin avait été parcourue entre 2017 et début 2022, avec un taux de chômage tombé de 9,4 à 7,3%. Soit, peu ou prou, son niveau de 2008, voici près de quinze ans. Une baisse due entre autres aux créations nettes d’emplois, vigoureuses (750.000 sur un an), y compris en CDI (plus de 435.000 sur un an, en mai 2022, un record).
Flatteur, le bilan l’est aussi en matière d’activité des jeunes. Au quatrième trimestre 2021, ils n’étaient plus que 15,9% sur le banc de touche, un niveau proche du plus bas, connu dans les années 1980 et 1990. Bien sûr, l’embellie n’est pas à porter au seul crédit de Macron. « C’est le fruit d’un ensemble de réformes structurelles, initiées pour abaisser le coût de la main-d’œuvre, flexibiliser le marché du travail ou améliorer la formation », rappelle Yannick L’Horty, économiste, et professeur à l’université Gustave-Eiffel.
L’allègement des cotisations sociales sur les bas salaires, la mise en place du CICE, le plafonnement des indemnités prud’homales par les ordonnances Macron et la loi Avenir professionnel de 2018 sont autant de pièces d’un puzzle qui aura mis vingt ans à s’assembler. N’oublions pas, non plus, le rôle de la croissance économique record de l’après-Covid (+7% en 2021), qui a dopé les embauches, alors même que le chômage partiel avait permis de maintenir de nombreux salariés en poste.
Il y aura bien quelques âmes chagrines, par ailleurs, pour noircir le tableau. L’Insee estime ainsi, au premier semestre 2022, à 16,8% le taux de participants au marché du travail « contraints ». Par exemple, ceux embauchés en temps partiel alors qu’ils aimeraient travailler davantage. Ou ceux qui ne sont pas officiellement considérés comme chômeurs, même s’ils sont dans une situation proche : ce « halo » autour du chômage inclut ainsi les femmes venant de connaître une maternité, les aidants obligés de s’occuper d’un proche, etc.
En outre, beaucoup de travailleurs occupent des postes sous-dimensionnés. « Les besoins correspondant à des emplois qualifiés sont immenses pour la santé ou la transition écologique. Comme on n’en crée pas suffisamment, la main-d’œuvre diplômée occupe des métiers peu reconnus, avec un sentiment de mal-être et de déclassement à la clé », commente Christophe Ramaux, chercheur au Centre d’économie de la Sorbonne et auteur de Pour une économie républicaine (Ed. De Boeck).
Quant à l’objectif des 5%, est-il si ambitieux ? Après tout, de nombreux pays voisins affichent des ratios encore plus faibles, comme l’Allemagne (3%) et les Pays-Bas (3,2%). Sans parler des Etats-Unis (3,6%). « Ces niveaux correspondent à ce qu’on appelle le chômage frictionnel, lié au délai incompressible entre deux contrats, aux impératifs de mobilité géographique ou à la mauvaise circulation de l’information sur les postes à pourvoir », détaille Stéphane Carcillo, chef de la division emploi et revenus à l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques).
Et malheureusement, la France n’en est pas encore là. « Nous sortons de presque quarante ans de chômage persistant, à des niveaux élevés. Repasser sous les 5%, symboliquement, c’est donc changer de monde, on serait dans une situation qu’on pourrait appeler de plein-emploi », tempère Yannick L’Horty.
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Mais ces deux tout petits points, seront-ils aussi faciles que cela à grappiller ? Pas si sûr… D’abord parce que les personnes qui viennent d’être remises au travail étaient aussi celles les moins éloignées de l’emploi. « La part des chômeurs depuis plus d’un an reste élevée, tandis que le nombre d’allocataires du RSA continue sa progression. On assiste à une polarisation, avec une baisse des demandeurs d’emploi récents très employables, pour un nombre toujours élevé de demandeurs d’emploi de longue durée », explique Yannick L’Horty.
Même constat en matière d’apprentissage, un dispositif qui a vu le nombre de contrats bondir de 39% en un an, à plus de 700.000 initiés début 2021. Plus de 60% d’entre eux concernent en effet des bac+2. « Le ciblage laisse à désirer, car ces apprentis avaient de toute façon une grande chance de s’insérer sur le marché du travail », analyse Magali Dauvin, économiste à l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques).
Pour ne rien arranger, la croissance des prochains mois, menacée par l’inflation et la guerre en Ukraine, aura à n’en pas douter moins d’effet sur le taux de chômage. Face à des carnets de commandes jusqu’ici pleins à craquer, la plupart des entreprises ont en effet préféré faire de la rétention de main-d’œuvre. « Les effectifs ainsi concernés sont de l’ordre de 0,5 million », calcule Magali Dauvin.
Or la productivité actuelle a pour particularité d’être moindre qu’avant la crise du Covid, d’environ 1,6%. « Ce déficit de productivité devra bien être rattrapé. S’il y a croissance, elle ne sera pas donc aussi riche en emplois, du fait de ces 500.000 salariés déjà en poste », juge l’experte. Et il n’est pas exclu, en cas de ralentissement prononcé de l’activité, que ces mêmes entreprises finissent par réduire des effectifs devenus en surnombre… Prudente, la Banque de France estime d’ailleurs que le taux de chômage devrait s’établir aux alentours de 8% d’ici 2023-2024. Loin donc des 5%.
Et si encore, dans ce contexte, le gouvernement pouvait compter sur une majorité solide. C’est bien sûr tout le contraire depuis les élections législatives, et les façons d’arriver au plein-emploi sont pour le moins divergentes entre groupes de l’Assemblée nationale. Côté Nupes, c’est un choc de demande qui est réclamé, via la création de 1 million de postes dans le public, l’augmentation du Smic à 1.400 euros net, ou une « garantie d’emploi » pour les chômeurs de longue durée. Au Rassemblement national, on penche plutôt pour la préférence nationale, sans autre stratégie claire. Quant aux Républicains, ils ont annoncé qu’ils ne fonctionneront qu’au cas par cas. « La France n’est rigoureusement plus la même qu’en 1988, sous Michel Rocard, qui pouvait recourir à l’article 49.3 quand il le souhaitait, et à qui il ne manquait d’ailleurs pas 44, mais 13 sièges », résume Bruno Cautrès, politologue et chercheur au CNRS.
Autant dire qu’Emmanuel Macron va probablement devoir renoncer à certaines de ses ambitions, à commencer par celle de créer France Travail, un guichet unique pour les chômeurs. Une réforme qui nécessiterait de fusionner Pôle emploi, les missions locales et les différents services des conseils départementaux ou régionaux… « Ce chantier risque d’être très chronophage, pour des résultats décevants. Il faut donc se poser la question d’y aller, prévient Franck Morel, avocat associé chez Flichy Grangé et ancien conseiller social d’Edouard Philippe à Matignon. Cela ouvrirait de plus un front contre les régions, plutôt malvenu dans le contexte politique actuel. »
Les syndicats ne manqueraient pas, eux non plus, de monter au créneau. « Une telle réforme poserait la question du manque d’équité dans le traitement des demandeurs d’emploi, en fonction des régions, ainsi que celle de la réduction des effectifs », soupire Bernie Billey, représentante CFDT protection sociale travail emploi (PSTE).
La voie risque d’être tout aussi étroite pour la poursuite de la réforme de l’assurance chômage, engagée en 2018. Emmanuel Macron envisageait en effet d’adapter le système à la conjoncture économique, via des indemnisations plus généreuses quand l’activité se dégrade, et plus restrictives quand elle s’améliore, notamment pour les personnes les plus éloignées de l’emploi.
Certes, le gouvernement pourrait se contenter de publier un décret, à la fin des négociations sur la prochaine convention de l’Unédic, prévues à l’automne prochain. Mais ce serait d’autant plus mal vu que ses comptes viennent de repasser dans le vert, avec un excédent annoncé à 2,5 milliards d’euros en 2022, et que la précédente réforme commence à peine à s’appliquer, à l’issue des nombreux recours qu’elle a suscités. « En novembre prochain, il faudra choisir entre adopter de nouvelles mesures, ou prolonger les règles existantes… Et c’est sans doute cette dernière option qui prévaudra », prédit Franck Morel.
Quant à la réforme destinée à faciliter l’insertion professionnelle, et conditionnant le versement du RSA à une activité de quinze à vingt heures par semaine, elle ne passera que si les Républicains la votent. Ce qui n’est pas totalement exclu, puisque leur programme pour les législatives prévoyait une allocation sociale unique, plafonnée à 75% du Smic, et conditionnée à quinze heures d’activités d’intérêt général obligatoires par semaine.
Au final, le seul chantier susceptible de faire un minimum consensus pourrait être celui du lycée professionnel. La réforme, calée sur celle adoptée pour l’apprentissage en 2018, envisage « un partenariat beaucoup plus étroit avec les entreprises », ainsi qu’une rémunération des lycéens pros. « Améliorer les compétences est absolument nécessaire pour faire reculer le chômage structurel, confirme Patrick Artus, chef économiste chez Natixis. Un quart de l’écart des taux de chômage entre la France et l’Allemagne est dû à la date d’entrée dans l’emploi des jeunes, plus tardive dans notre pays. Et le taux d’intégration au marché du travail après un lycée professionnel y est anormalement faible. »
Le problème, c’est qu’une telle réforme serait coûteuse, alors même que celle de l’apprentissage, selon la Cour des comptes, a mobilisé 11,3 milliards d’euros de dépenses en 2021. Soit deux fois plus qu’avant ! Quant à France compétences, l’organe qui gère le système, il devrait afficher un déficit de 5,9 milliards d’euros en 2022, évaluent les sages de la rue Cambon. Délicat d’en rajouter, en période de disette budgétaire.
Alors, nos chômeurs doivent-ils préparer leurs valises pour les Pays-Bas ? Pas nécessairement. Car une dernière tendance pourrait permettre à Emmanuel Macron de sauver la face. Et elle n’a rien à voir avec la politique, mais plutôt avec… la démographie. D’ici à 2027, le nombre de nouvelles personnes débarquant sur le marché du travail ne devrait plus avoisiner que 50.000 par an, alors qu’il atteignait 200.000 dans les années 2000. Dès lors, il suffirait de conserver le rythme de création d’emplois de la décennie passée (autour de 150.000 postes par an) pour parvenir aux fameux 5%.
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