Benoît XVI, le pape qui renonça, est mort – Télérama.fr

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Elise Racque
Publié le 31/12/22
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Benoît XVI, ici le 7 décembre 2005 au Vatican.
Photo Vincenzo PINTO / AFP
Il restera dans les mémoires le pape de la renonciation, qu’il avait délibérément choisie en février 2013. Une décision pontificale jamais vue depuis le Moyen Âge. Le pape émérite Benoît XVI est décédé ce samedi 31 décembre, à l’âge de 95 ans. Il y a presque dix ans, Joseph Ratzinger, de son nom papal Benoît XVI, avait surpris le monde entier en confiant qu’il ne se sentait plus apte à « exercer de façon adéquate » son ministère. Il avait évoqué son âge avancé et un manque de « vigueur » pour expliquer sa décision. Le Vatican était alors plongé dans la tourmente des « Vatileaks », ces fuites de documents confidentiels diffusés durant l’année 2012, qui avaient révélé, entre autres, des scandales de corruption et de népotisme. Au cœur de ces fuites : le majordome particulier du pape allemand.
Depuis sa renonciation, le pape émérite vivait au monastère Mater Ecclesiae, au sein du Vatican, où son successeur François venait régulièrement lui rendre visite. Présenté comme un pape de transition après le pontificat star de Jean-Paul II, à qui il avait succédé en 2005, sa carrière papale dura donc moins de huit années, qui n’en ont pas moins marqué l’histoire de l’institution catholique romaine.
Né en 1927 en Bavière, Joseph Ratzinger était avant tout un théologien, auteur de nombreux ouvrages (une trentaine avant son pontificat), très attaché à la dialectique entre foi et raison, et qui enseigna notamment dans les universités de Bonn, Münster et Ratisbonne. L’ancien archevêque de Munich était considéré comme une figure gardienne de l’orthodoxie doctrinale de l’Église. Quand il devient pape, il est le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi depuis 1982 – c’est-à-dire, au sein de la curie romaine, le garant de la doctrine et des mœurs catholiques.
« Son parcours personnel illustre les difficultés de l’Église catholique dans la deuxième moitié du XXe siècle, détaille le politologue François Mabille, directeur de l’Observatoire géopolitique du religieux et auteur, en 2013, de Benoît XVI ou la désacralisation des souverains pontifes (éd. du Cygne). Pendant le concile Vatican II, Joseph Ratzinger était l’un des experts qui plaidaient pour des changements. Il sera d’ailleurs membre de la revue Concilium, qui se faisait l’écho de l’esprit de Vatican II. Mais quelques années plus tard, il quitte cette revue pour fonder avec d’autres le titre Communio, plus traditionaliste. Et pendant son pontificat, il se révélera conservateur en maintenant l’intransigeance du catholicisme sur la sexualité, le divorce ou la fin de vie par exemple. »
Benoît XVI aura même tout fait pour réconcilier Rome avec la frange la plus traditionaliste de ses ouailles. En 2009, il avait ainsi levé l’excommunication de quatre évêques intégristes, dont le britannique Richard Williamson, connu pour ses propos négationnistes.
Le pontificat de Benoît XVI fut marqué par trois encycliques, ces lettres solennelles adressées à l’ensemble de l’Église catholique. Fin 2005, la première, intitulée Dieu est amour, rappelait le cœur de la théologie chrétienne. En 2007, un deuxième texte est consacré au thème de l’espérance. La troisième encyclique, publiée en 2009 dans le contexte de la crise économique mondiale de l’époque, développe la doctrine sociale de l’Église en alertant sur les injustices nourries par la mondialisation et l’économie du pur profit. Le pape écrit alors : « La société globalisée nous rapproche, mais elle ne nous rend pas frères. » Il aborde aussi dans ce texte le thème de l’éthique environnementale, indissociable selon lui du « développement humain intégral », qui suppose le respect d’une « écologie humaine » naturelle, notamment en matière de sexualité et de reproduction.
Benoît XVI en 2010.
Photo Stefan Wermuth/PA Photos/ABACA
Contrairement à son prédécesseur Jean-Paul II, qui sillonna le monde et exploita à fond la diplomatie vaticane sur le terrain géopolitique, Benoît XVI voyagea moins. « Quand on lit l’ouvrage d’entretiens publié par le journaliste allemand Peter Seewald avec Benoît XVI, on perçoit en creux une critique de la pastorale mondialisée mise en œuvre par Jean-Paul II, observe François Mabille. Joseph Ratzinger a centré son pontificat sur quelques déplacements dans ce qu’il considérait être le cœur de la géopolitique catholique, à savoir l’Europe. Plusieurs diplomates en poste à Rome pendant son pontificat ont d’ailleurs témoigné que les relations internationales ne faisaient pas vraiment partie de sa sphère de compétences. » Benoît XVI aura tout de même mené le synode pour l’Afrique voulu par Jean-Paul II avant sa mort, enchaîné avec un synode dédié au Moyen-Orient, et rencontré Fidel Castro à La Havane en 2012.
Alors que le silence avait longtemps prévalu pendant les années Jean-Paul II, Benoît XVI n’aura eu d’autre choix que de s’exprimer clairement sur la question des violences sexuelles commises au sein de l’Église. Pendant les années 2000, de nombreux scandales éclatent, notamment aux États-Unis et en Irlande. À plusieurs reprises, Joseph Ratzinger demande pardon pour les actes commis, notamment en 2008, aux Journées mondiales de la jeunesse de Sydney. En 2010, le Vatican publie les « lignes directrices » de son plan d’action contre la pédocriminalité, lesquelles soulignent l’obligation de dénonciation des faits à la justice séculière. Et un an plus tard, à l’Université pontificale grégorienne de Rome, est organisée la première grande conférence sur les abus sexuels dans l’Église. La réflexion débouchera en 2012 sur la création du Centre pour la protection de l’enfance, dédié à la formation sur la prévention des abus sexuels.
Mais en tant qu’ancien archevêque et cardinal, et ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi de 1982 à 2005 (dont les compétences incluent la sanction des violences pédocriminelles commises par des prêtres), la responsabilité de Joseph Ratzinger dans la culture du silence ecclésiale a été questionnée plusieurs fois ces derniers mois. Notamment en Allemagne, dans l’archevêché de Munich, dont il avait la responsabilité entre 1977 et début 1982. Le rapport indépendant commandé par ce diocèse sur les abus sexuels commis en son sein entre 1945 et 2019 répertorie quatre cent quatre-vingt-dix-sept victimes connues. Ce même rapport pointe des « mauvaises décisions » de la part de Joseph Ratzinger, qui n’aurait « rien entrepris » dans au moins deux situations. Le nom du pape allemand est notamment cité dans l’affaire du prêtre pédocriminel multirécidiviste Peter Hullermann, condamné et malgré tout maintenu au contact de jeunes. En juin 2022, l’une de ses victimes avait porté plainte en accusant le pape émérite d’avoir eu connaissance des faits, et de n’avoir pas agi. Les conseillers juridiques du pape ont nié ces accusations, Benoît XVI se défendant lui-même dans un long texte et assurant : « Je ne peux que renouveler à toutes les victimes d’abus sexuels l’expression de ma profonde honte, ma grande tristesse et ma sincère demande de pardon […] Ma douleur est d’autant plus grande pour les abus et les erreurs qui se sont produits durant la durée de mes mandats, en différents lieux. Chaque cas d’abus sexuel est terrible et irréparable. »
En 2019, un autre texte, publié dans le mensuel du clergé bavarois, avait choqué. Benoît XVI y liait les crimes sexuels de l’Église à l’effondrement moral de l’Église et à la libération sexuelle post-1968… allant jusqu’à mentionner dans son analyse des « cliques homosexuelles » dans les séminaires. Il s’y opposait à une réforme interne de l’institution : « L’idée d’une meilleure Église, créée par nous-mêmes, est en fait une proposition du diable, par laquelle il veut nous éloigner du Dieu vivant… » Semblant contredire les prises de position du pape François, qui désigne le cléricalisme comme le principal fléau à la source des abus sexuels.
Dans une interview, publiée le 18 décembre dernier par le quotidien espagnol ABC, le pape François, tout en évoquant sa potentielle renonciation personnelle en cas d’empêchement médical, qualifiait son prédécesseur de « saint ». Sa propre démission agite régulièrement les rumeurs vaticanes, alimentées par ses soucis de santé. « La renonciation de Joseph Ratzinger a contribué à une désacralisation de la figure du souverain pontife, souligne François Mabille. Jusqu’ici, dans l’imaginaire collectif, un pape ne pouvait pas démissionner ! Maintenant, la possibilité semble bien plus réaliste. Même si un pontificat ne peut s’assimiler à un mandat politique, pour des raisons évidentes de bonne gestion, il est nécessaire que le pape soit en état de diriger la curie romaine. Il n’est pas interdit de penser que François fasse ce choix à la fin du synode en cours. » Elle est prévue pour l’automne 2024.
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