Baymax ! – Critique de la Série Disney+ – Chronique Disney

Baymax ! est une nouvelle série autour de l’univers du film d’animation Les Nouveaux Héros. Dans le même style et la même technique que le long-métrage, produit et imaginé quasiment par la même équipe, il propose des épisodes aussi beaux que touchants, emplis de tendresse, de poésie, tout en inclusion.

À partir du rachat de Pixar et son arrivée à la tête des Walt Disney Animation Studios, John Lasseter a mis en place un travail de longue haleine pour redonner au label historique de Mickey sa splendeur d’antan. L’important pour le créateur de Toy Story est d’abord de hiérarchiser les priorités. La première consiste à remettre sur les rails des projets mal engagés. Il commence sur Bienvenue Chez les Robinson en le remaniant dans la mesure du possible vu son état d’avancement. Il recadre ensuite complètement Volt, Star Malgré Lui pour le rendre plus disneyen. La seconde étape est de faire revivre l’animation Disney en s’appuyant sur les fondamentaux qui parlent au public. Il relance ainsi l’animation 2D avec La Princesse et la Grenouille – succès d’estime – puis crée un film de princesse en animation assistée par ordinateur (Raiponce), démontrant ainsi que cette technique d’animation est tout à fait apte à soutenir des histoires à la Disney, intemporelles et dignes de celles ayant marqué les années 90. Le succès planétaire de La Reine des Neiges, devenu le film d’animation le plus rentable de tous les temps au niveau mondial à sa sortie, confirme alors sa stratégie. Dernière étape du « plan Lasseter » : les Walt Disney Animation Studios ayant désormais retrouvé leur rang dans le cœur du public et chez les critiques, des projets plus variés sortant des sentiers battus peuvent être proposés ; Les Mondes de Ralph est le premier d’entre eux, suivi peu après par Les Nouveaux Héros et Zootopie.

Le long-métrage Les Nouveaux Héros, réalisé par Don Hall et Chris Williams, est à la base une adaptation lointaine du comics de Marvel Big Hero 6. Créé par Steven T. Seagle et Duncan Rouleau durant leur temps libre entre deux projets, Big Hero 6 devait ainsi à l’origine apparaître dans le comics Alpha Flight #17 en décembre 1998. Finalement, son équipe fait sa grande première dans sa propre minisérie, Sunfire & Big Hero 6, sur trois numéros en septembre 1998, tous écrits par Scott Lobdell et dessinés par Gus Vasquez. Légèrement remaniée, la team reviendra en septembre 2008 dans la mini-série de comics Big Hero 6, mais cette fois sur cinq numéros. Sur papier, elle se voit formée par des politiciens et des hommes d’affaires japonais. Alors que le Samouraï d’Argent est désigné par le Japon pour être le meneur sur le terrain, d’autres super-héros locaux sont en effet recrutés, comme l’espionne et scientifique Honey Lemon et la criminelle Gogo Tomago, libérée de prison en échange de ses services. De nouveaux agents rejoignent ensuite rapidement le groupe, comme le jeune génie Hiro et son être synthétique Baymax, capable de se transformer en dragon. Les deux derniers en date seront Wasabi No-Ginger, qui peut matérialiser des couteaux pour paralyser ses ennemis et Fred qui se transforme en monstre façon Godzilla.

Les Nouveaux Héros est plutôt bien accueilli par la critique et gagne même l’Oscar du Meilleur Film d’Animation. Si le box-office n’atteint en rien le niveau de La Reine des Neiges, il n’a pour autant pas à rougir, rapportant 657 millions de dollars, dont 222 rien qu’aux États-Unis, et ce, pour un budget de 165 millions de dollars. Seule ombre au tableau, le marchandisage autour du film ne prend pas et la France, qui a sorti le film bien trop tard et affublé d’un titre par trop générique, passe complètement à côté du potentiel. Alors qu’il aurait pu tout à fait être imaginé que Les Nouveaux Héros dispose d’une suite, son thème le permettant particulièrement, Les Mondes de Ralph lui pique l’opportunité et se voit gratifié d’un deuxième épisode mis en chantier pour une sortie en 2018. Les réalisateurs du film de Baymax et Hiro, démobilisés de fait, partent, eux, sur d’autres projets originaux.

Reste alors, en lot de consolation, comme pour Raiponce, une série animée produite par la filiale Disney Television Animation et proposée sous le titre de Baymax et les Nouveaux Héros en vue d’une diffusion sur la chaîne de télévision Disney XD. La première saison se compose d’un téléfilm pilote de 45 minutes, Baymax et les Nouveaux Héros : Le Retour, diffusé le 20 novembre 2017, suivi par une première salve de 20 épisodes à partir du 9 juin 2018 et d’un téléfilm final de 63 minutes, Baymax et les Nouveaux Héros : Catastrophe Imminente, proposé le 13 octobre de la même année. La Saison 2 reprend six mois plus tard, le 6 mai 2019. Alors que la première avait été une exclusivité Disney XD, la série passe pour sa seconde saison sur Disney Channel, du moins aux États-Unis. D’un point de vue scénario, la seconde saison est divisée en deux arcs narratifs. Le premier, Ville de Monstres, s’étale sur les treize premiers épisodes ; le second, Fugitifs, comprend dix épisodes ainsi que le téléfilm de fin de saison de 45 minutes, Baymax et les Nouveaux Héros : Héritages, diffusé le 8 février 2020. La Saison 3 est encore moins ambitieuse, ne comprenant que 10 épisodes, sans ligne directrice, et étant pour neuf d’entre eux des compilations de deux histoires de onze minutes.

En parallèle de la série Baymax et les Nouveaux Héros, Disney Television Animation va aussi proposer de nombreuses courtes séries dérivées autour du personnage de Baymax et, qui plus est, dans des styles d’animation assez différents. La première est Baymax and… comprenant six épisodes en animation 2D dans un style identique à la série mère et diffusés à partir du 31 mai 2018, chacun présentant l’un des personnages principaux. Baymax Dreams est quant à elle une série de six épisodes en animation CGI proposée entre le 15 septembre 2018 et le 6 février 2021 qui permet de mettre une nouvelle fois en avant le robot infirmier. Big Chibi 6 – The Shorts est ensuite une série dans un style d’animation mignonne japonaise très minimaliste où les personnages de la série sont présentés d’une façon amusante. Cette série donnera naissance d’ailleurs à Chibi Tiny Tales, une autre série courte qui propose de nombreux épisodes dans le style chibi, en adaptant les différentes franchises de Disney Channel de Descendants à La Bande à Picsou. Enfin, la dernière série courte autour de Baymax sera Baymax & Mochi, avec trois épisodes diffusés à partir du 6 mai 2019, dans un style d’ombrage de celluloïd mettant en avant le robot en duo avec le chat Mochi.

Si le co-réalisateur Chris Williams quitte les Walt Disney Animation Studios en 2018, son collègue Don Hall se montre particulièrement intéressé pour que le studio reprenne le personnage de Baymax pour une série de Disney+. Il s’agit d’ailleurs de la toute première série du studio comportant des épisodes avec un fil conducteur, les précédentes ayant plutôt été des épisodes avec une même thématique mais sans lien scénaristique comme Zenimation ou Olaf Présente. Le rôle de Don Hall sur la série intitulée tout simplement Baymax ! est double : celui de créateur et de producteur. Il propose ainsi l’idée que le robot infirmier interagisse avec des voisins qu’il croise un peu au hasard en retirant tout l’aspect super-héroïque du film. Le réalisateur voulait en fait se focaliser principalement sur Baymax, trouvant que la précédente série avait parfaitement enrichi l’univers des autres personnages tout comme celui de San Fransokyo. Durant le processus de création, les artistes des Walt Disney Animation Studios trouvent que le principe d’écriture au format épisodique leur apporte une nouvelle façon de raconter leurs histoires. De plus, chacun des épisodes ayant un thème précis, les scénaristes se sont focalisés sur un sujet qui leur parlait. Ils ont même eu, pour certains, la possibilité de réaliser eux-mêmes ces épisodes, leur permettant de faire leur début dans la mise en scène. À l’origine, la série Baymax ! se voulait d’ailleurs bien plus comique mais l’arrivée de la scénariste en chef Cirocco Dunlap a changé l’approche du projet. Elle a apporté beaucoup d’émotions en travaillant bien davantage la psychologie des personnages.

Le premier épisode, d’une mini-série qui en comprend six, Cassie, donne immédiatement le ton tout en permettant aux spectateurs de retrouver une partie de l’ambiance du long-métrage en se focalisant sur la relation entre deux personnages connus. Il est à noter que lors de la mise en ligne de la série sur Disney+, une erreur d’ordonnancement avait été commise, faisant que cet épisode d’entame se trouvait en deuxième position ; l’anomalie a ensuite été vite corrigée. La série commence alors que Cass Hamada va dans tous les sens pour servir ses clients du Lucky Cat Café. Étourdie, elle s’entrave sur un mini escabeau et se foule la cheville. Sa blessure est tout de suite remarquée par Baymax, le robot infirmier de son neveu Hiro. Il vient alors lui fournir les premiers soins en lui intimant l’ordre de ne pas bouger, chose impossible pour cette femme hyperactive. L’épisode montre alors toute sa réussite quand, au-delà de l’aspect comique, il fait transparaître une tendresse inattendue. Le robot est très drôle par son côté empoté lent alors qu’il essaye de remplacer Cass en tant que serveur frustrant tous les clients. Mais l’émotion pointe le bout de son nez lorsque la tante de Hiro laisse transparaître une faille intérieure, expliquant son désir de vouloir tout contrôler. L’épisode se termine alors par une scène toute simple où la serveuse comprend qu’elle apporte bien plus à ses clients que ce qu’elle ne croit et que ceux-ci le lui rendent bien.

Le deuxième épisode, Kiko, continue sur la même lancée. Baymax marche dans le voisinage et remarque une vieille dame du nom de Kiko Tanaka qui a des douleurs aux bas du dos. Le robot infirmier va donc se faire une joie d’aider la vieille dame un peu à l’insu de son plein gré. Il lui conseille de faire de la natation à la piscine à côté de chez elle mais elle refuse net. Baymax est alors persuadé qu’elle a peur de l’eau. En conséquence, le robot va tout faire pour lui faire perdre cette phobie. Encore une fois, l’épisode offre quelques scènes hilarantes grâce aux catastrophes que provoque le robot ou aux facéties de Kiko qui n’arrive même pas à bien prononcer le nom de Baymax. Pour autant, l’épisode va bien au-delà du comique de situation. Pour Kiko, la douleur physique n’est rien par rapport à la peine et au manque intérieur qu’elle ressent. Baymax lui ouvre alors les yeux et lui fait comprendre qu’il n’est pas trop tard pour profiter de la vie. La série permet ainsi de montrer une autre facette de la vieillesse, une étape qui n’empêche en rien de réaliser ses rêves malgré les petits bobos de l’âge et l’absence de ceux qui sont partis.

Sofia est un épisode à la thématique particulièrement ambitieuse. Baymax est au collège Shiro Yoshida pour faire une démonstration sur la meilleure façon d’appliquer des pansements. Il croise alors la jeune Sofia qui a un gros problème alors qu’elle est sur le point de faire une représentation avec son ami Ali lors du spectacle amateur organisé par leur professeur. Sofia a en effet ses premières règles ! Le thème est inédit pour les Walt Disney Animation Studios qui n’ont jusqu’alors presque jamais abordé le sujet du cycle menstruel dans l’une de leurs productions, à l’exception du cartoon éducatif de 1946 The Story of Menstruation. Les Pixar Animation Studios l’ont, quant à eux, évoqué récemment dans le film Alerte Rouge mais sans être allé aussi loin dans l’utilisation des termes exacts. Baymax arrive ainsi à mettre les mots sur ce que ressent la jeune adolescente et lui permet de franchir ce passage obligé mais parfois difficile de l’enfance vers l’âge adulte. En abordant ce thème difficile, les studios Disney font œuvre de pédagogie, tout en douceur et bienveillance. L’épisode est aussi un exemple d’inclusivité à l’image des toilettes non genrées ou encore à travers l’un des personnages, une personne en transition comme en témoigne sa chemise aux couleurs du drapeau trans, qui conseille le robot dans le choix de serviettes hygièniques pour Sofia.

M’bima (orthographié Mbita en anglais) est tout aussi important. Dans cet épisode, M’bima a repris le food-truck de ses parents qui avaient l’habitude de cuisiner leur spécialité au poisson. Alors qu’il fait ses emplettes au marché, il croise le marchant de pomme Yukio et perd alors tous ses moyens, bafouillant devant lui. Il retourne alors faire sa recette maison quand il se met à avoir une grosse réaction allergique. Baymax passant par là remarque tout de suite le problème du jeune homme et va tout faire pour le guérir, y compris en le poursuivant alors qu’il s’enfuit avec son camion. Là encore, le problème de M’bima va au-delà du problème physique, ayant surtout peur du changement et de prendre des risques afin d’être aussi courageux que ses parents. M’bima est ainsi la première production des Walt Disney Animation Studios à avoir un personnage principal ouvertement gay, qui plus est cherchant à sortir avec un autre garçon. Le tout est proposé de façon aussi naturelle que touchante dans une scène vraiment attendrissante. Pourtant, le message n’en est pas moins que très clair lorsque Baymax dit à la fin de l’épisode la phrase « Vous êtes en bonne santé » en s’adressant à M’bima. Il démonte ainsi, avec justesse et tendresse, certaines croyances barbares qui pensent encore qu’un homosexuel serait un malade nécessitant une thérapie de conversion.

Le cinquième épisode Yachi va alors sortir des sentiers battus par rapport aux quatre premiers. Cette fois-ci, Baymax ne va pas s’occuper d’un humain mais d’un animal, un petit chat. Les spectateurs les plus attentifs auront remarqué que le petit félin tout maigre avait déjà fait des petits caméos dans les épisodes Cassie et M’bima en passant devant la caméra ; cette fois-ci, il va avoir droit à un épisode entièrement focalisé sur lui. Bien qu’il soit un animal, donc muet, les artistes de Disney savent pourtant faire passer parfaitement ses émotions grâce à sa gestuelle et son regard. Ce petit chat souffre donc de ne pas avoir une famille aimante ni de foyer bien à lui, n’étant qu’un pauvre félin errant dans les rues. C’est là qu’il va avaler malencontreusement une oreillette Bluetooth que Baymax va vouloir lui enlever. Cette trouvaille permet beaucoup de gags car l’oreillette a tendance à émettre un son particulièrement fort, donnant l’impression que le chat parle, mais également à régulièrement changer de station, tombant à chaque fois sur un programme qui correspond à l’émotion du moment de l’animal. D’autres scènes très drôles ont lieu quand le chat se sert de ses griffes pour mettre à mal le revêtement plastique du robot. Celui-ci doit alors se couvrir de pansements afin de s’empêcher de dégonfler. Enfin, par rapport aux autres épisodes, Yachi se termine par un jolie cliffhanger où Baymax se retrouve dans une posture bien délicate…

Le sixième et dernier épisode, Baymax, va conclure la série et permettre de faire revenir tout le casting. Hiro se réveille en effet en s’étonnant de ne pas voir son robot à la maison. Le héros du long-métrage n’a pas été du tout oublié dans les autres épisodes puisque chacun d’eux a l’excellente idée de proposer une scène post-générique où Hiro retrouve son robot après que l’infirmier a passé une journée bien chargée à soigner ses patients. Dans le dernier épisode, Hiro se décide donc de partir à la recherche de Baymax. Il demande pour cela l’aide de sa tante puis va créer une équipe de secours en allant retrouver les anciens patients du robot : Kiko, Sofia et M’bima. Ensemble, ils vont alors croiser le chat Yachi qui va leur permettre de retrouver la piste de Baymax. Une fois n’est pas coutume, l’épisode fait la part belle à l’esprit d’équipe et amène un zeste de suspense, le tout avec beaucoup d’humour. Mais, il ne peut s’empêcher de terminer sur une note émouvante lorsque Baymax retrouve tous ses anciens patients ayant travaillé de concert pour partir à sa recherche. Il se dit alors avec beaucoup de tendresse : « Je suis très satisfait de mes soins »…

Au-delà de ses scénarios particulièrement bien écrits, aussi progressistes qu’intelligents ou émouvants, la série Baymax ! est également superbement réalisée, proposant un visuel époustouflant. La série n’a clairement rien à envier sur le plan technique à son film de référence. Le travail sur les lumières est notamment superbe avec des couleurs et des plans vraiment magnifiques. L’animation et le placement de la caméra sont aussi efficaces et soignés. Il suffit pour s’en convaincre d’analyser les quelques scènes de course-poursuite superbement chorégraphiées. La série propose aussi quelques clins d’œil sympathiques à l’image de la carte GPS qui change à chaque générique de début d’épisode, montrant ainsi où se trouve le robot dans la cité de San Fransokyo quand l’histoire commence. Il permet de visiter la ville toujours aussi bien dépeinte, ayant à nouveau ce mélange d’influences occidentales et orientales.
Une petite mention doit être également apportée sur le doublage français. Ce dernier qui est plutôt bon commet tout de même un raté étonnant. Lors de la mise en ligne de la série le 29 juin 2022, le doublage du personnage de Baymax était tenu alors par l’acteur belge Arnaud Crèvecœur qui s’était chargé du robot dans la série animée. Sauf que l’acteur français Kyan Khojandi, le doubleur de Baymax dans le film, s’étonne alors sur les réseaux sociaux que Disney n’ait pas fait appel à lui. Finalement, la série est redoublée en catimini avec l’acteur français et l’audio est remplacée sans un mot début juillet. Au final, la démarche est aussi insultante pour Arnaud Crèvecœur que pour Kyan Khojandi !

Baymax ! aurait pu passer pour une œuvre marketing dérivée d’une franchise populaire servant juste à remplir de contenus frais la plateforme Disney+. Elle va bien au-delà de son paradigme de départ et propose des aventures aussi drôles qu’émouvantes, remplies de tendresse et d’inclusivité, sans que cela ne soit forcé ou caricatural. Une petite pépite à savourer sans modération !

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