Avec son usine 4.0, les ambitions de Lacroix pour rendre l … – La Tribune.fr

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A Beaupréau-en-Mauges (Maine-et Loire), la nouvelle usine du groupe Lacroix ambitionne d’être le symbole de la réindustrialisation à la française. Baptisé Symbiose, ce site de 19.000 m² et qui emploie 460 personnes, entend devenir l’un des fleurons de la filière électronique française et contribuer au rapatriement de productions de composants électroniques en Asie.
«Le confinement de la Chine a été un véritable électrochoc pour de nombreux clients qui se sont rendus compte qu’ils ne pouvaient plus continuer dans le contexte géopolitique actuel à miser sur des productions délocalisées à l’autre bout du monde, sans certitude qu’ils pourront les récupérer… », a indiqué Vincent Bédouin, le président du groupe d’électronique Lacroix, lors de l’inauguration de ce bel outil.
Une inauguration qui s’est déroulée ce jeudi 8 septembre en grande pompe, en présence du ministre de l’Industrie, Roland Lescure, de Frédérique Le Greves, Ceo de STMicroelectronics, de Christelle Morançais, présidente de la région Pays de la Loire, et de Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance. La banque publique est entrée au capital de l’entreprise via son fonds SPI (Société de Projets Industriels) à hauteur de 15 millions d’euros pour cofinancer cet investissement de 25 millions d’euros. BPIFrance a accompagné le groupe Lacroix pour 40 millions d’euros.
« On l’a équipée comme un sapin de Noël », ironise Nicolas Dufourcq, saluant la complémentarité de la French Fab et de la French tech dans ce projet. Opérationnel depuis le mois de février, ce nouvel outil de production aura respecté les plannings et le budget. « Avec le Covid, la pénurie de composants et la hausse des matières premières, c’est déjà un exploit. Nous avons finalement lancé le projet au bon moment… », confie Vincent Bedouin, au regard de l’évolution du contexte international et de la crise de l’énergie.
En doublant de taille, l’unité d’assemblage de composants électroniques appuie son activité sur l’aéronautique et la défense (Safran, Thales…), les cryptomonnaies (Ledger…) et la cybersécurité, la domotique (Total Energies…) et seulement 18% pour le groupe Lacroix (Lacroix Electronics, Lacroix environnement et Lacroix city). « L’usine a été conçue majoritairement pour accueillir des productions autres que Lacroix », rappelle Vincent Bédouin, qui ambitionne d’atteindre un chiffre d’affaires de 100 millions d’euros en 2027, contre 68 millions en 2019, sur le site de Montrevault sur Evre.
Pour atteindre la compétitivité souhaitée, Lacroix a imaginé une usine 4.0 innovante dans ces démarches industrielles, sociales et environnementales, digitalisée, connectée et intelligente. Le groupe d’électronique a relevé les défis de l’industrialisation, en s’appuyant sur l’expertise de Schneider Electric, ASM International, Orange, Microsoft, Sap… ou de la startup Exotec afin d’optimiser l’organisation. Le site est ainsi conçu pour accueillir autant des petites (100 pièces/mois) que des grandes (jusqu’à 10.000 pièces/jour), ainsi qu’une ligne dédiée aux prototypes permettant d’accueillir des projets de design électronique et d’intervenir très en amont pour capter des affaires. « Tout l’enjeu de cette usine est d’équilibrer ces trois piliers, en volumétrie », reconnaît Vincent Bedouin.
Dès la conception du projet, l’ensemble des équipes a contribué à la définition de l’outil industriel et du lieu de vie. « C’est un point fondamental au regard du marché du travail actuel, mais aussi parce que nous voulons doubler notre chiffre d’affaires en cinq ans à effectif constant », remarque le Ceo de Lacroix. « Cela passe par une vraie transformation de certains métiers, dont certains vont disparaître, tandis que d’autres vont être automatisés ou déplacés vers des postes à plus forte valeur ajoutée. On a, par exemple, véritablement passé un cap dans la fiabilisation des magasins de composants», se félicite-t-il.
Déployée par Exotec, celle-ci permet d’identifier et de gérer en temps réel, les quelque 500 millions de composants transitant dans l’usine, qui produit 750 produits différents par an. La seule gestion automatisée des stocks a permis d’améliorer les performances de 60%. L’IA et de robots ont fait leur entrée dans cette unité d’assemblage pour accélérer les cadences, limiter les tâches pénibles du personnel et pour l’achat et la négociation de composants en masse. Le site est l’une des premières entreprises françaises équipée de machines automatisées d’intégration de composants. « Ce qui permet d’accueillir des productions que l’on ne faisait plus en France », souligne Vincent Bedouin.
L’entreprise se félicite de choyer ses salariés. Pour monter en compétences, Lacroix a déployé son propre centre de formation avec un catalogue de deux-cent formations dispensées par cinq formateurs et experts dédiés aux métiers du câblage et brassage des matériaux électroniques, et mis en œuvre un plan de formation de 150.000 euros. L’objectif : former 400 collaborateurs par an. Depuis janvier, les salaires ont été réévalués et des discussions se poursuivent avec les syndicats. « Personne ici n’est rémunéré au Smic », assure Claude Bourget, directeur de Symbiose.
La production s’est aussi améliorée. Du nouveau site sortent 500.000 pièces par mois, contre à 500.000 pièces par an dans l’ancien. « Il me faut aujourd’hui 5 heures pour fabriquer les produits pour Ledger quand il fallait auparavant 5 jours », ajoute le directeur.
L’entreprise a aussi réussi à diviser par cinq sa facture énergétique. Coiffée par 10.000 m² de panneaux solaires pour couvrir un tiers de ses besoins en électricité, l’entreprise avait judicieusement choisi de supprimer le gaz au profit de pompes à chaleur, ce qui lui permet d’être aujourd’hui un peu plus sereine.
Des efforts salués par Roland Lescure, le ministre délégué à l’industrie. « C’est un exemple de ce que nous voulons démultiplier en France. C’est en phase avec notre stratégie nationale qui vise à développer l’industrie sur les territoires et notamment à travers les ETI, les compétences et la décarbonation », a indiqué le responsable politique, qui veut doubler les capacités de production de l’électronique en France d’ici 2027.
L’entreprise est-elle pour autant devenue suffisamment compétitive ? Jamais Lacroix n’aura gagné autant de projets. « Nous venons, par exemple, de démarrer une section pour les grands volumes très automatisés, ce que l’on n’avait pas avant », note Vincent Bédouin.
Cette capacité lui a permis de gagner des projets de clients qui ont rapatrié des productions de Chine, notamment dans la cryptomonnaie et la cybersécurité. « Nous sommes en fin de négociations pour des projets de domotique avec de grands noms de l’énergie, pour surveiller les consommations dans les foyers. Et là, encore, ce sont de grands volumes. D’autres clients historiques dont la production était réalisée dans nos usines polonaise et tunisienne cherchent aujourd’hui, dans le cadre de leur politique RSE, à localiser leurs productions dans des usines compétitives, aux performances énergétiques au plus près de leurs usines en France. Il y a une vraie rupture depuis dix-huit mois », constate le CEO de Lacroix, où la demande est encore supérieure à ce que le groupe est capable de livrer.
A l’exception de l’aéronautique, qui progresse malgré tout, tous les secteurs sont en croissance et ont dépassé les niveaux de 2019. « La pénurie de composants nous a contraint à des Stop&Go permanents en production qui ont généré des baisses d’efficience de nos usines. La hausse du prix des composants et les besoins de stocks ont affaibli nos marges. Les avances de trésorerie ont fortement tiré sur le cash », déplore-t-il. A l’issue du premier semestre 2022, le groupe enregistre, néanmoins, une augmentation de chiffre d’affaires de +32,8%, et table sur une progression annuelle de 30% avec un Ebitda de 6,2%.
Pour être compétitif, il a aussi fallu être en mesure de prendre en charge de plus grands volumes automatisés de volumes très automatisés. C’est pourquoi le projet Symbiose reposait d’emblée sur la conception d’une usine, aujourd’hui occupée à 55%, dont la surface a doublé pour atteindre une taille critique et un meilleur amortissement.
Ce sera d’ailleurs un des enjeux de l’industrie Française et Européenne. « Cette notion de taille critique sera déterminante, face à une Chine dont les usines seront aussi automatisées qu’en France et vont doubler de taille », reconnaît Vincent Bédouin, qui se réjouit des investissements annoncés en juillet par STMicroelectronics à Crolles et par son concurrent All Circuits qui entend doper ses capacités de production dans le Loiret.
«Tout l’enjeu est là. Et pas seulement pour la filière électronique. Il ne faut pas seulement qu’il y ait un ou deux projets par ci par là… Je suis ravi de voir des concurrents investir dans l’augmentation de la capacité de leurs usines, car on a un enjeu de taille critique globale de l’industrie en Europe pour être compétitif», conclut Vincent Bedouin.
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