Aux European Film Awards, la foi dans le cinéma d'auteur et dans Sans filtre – Le Figaro

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La satire du Suédois Ruben Östlund, palme d’or à Cannes, n’a laissé que des miettes à ses homologues. Le septième art français est reparti les mains vides d’une cérémonie défendant les nouvelles voix du Vieux continent.
De notre journaliste à Reykjavik,
Fondée en 1988 par le cinéaste suédois Ingmar Bergman avec ses confrères Claude Chabrol et Wim Wenders, l’académie européenne du film organise chaque année une cérémonie qui couronne les meilleures productions et performances du continent au sens large : les pays Baltes, la Suisse ou Israël en font également partie. Cette académie, basée à Berlin, regroupe plus de 4200 réalisateurs, scénaristes, comédiens, techniciens, critiques, soit invités sur recommandation, soit sur candidature et CV montrant leur implication dans le septième art.
Cette 35e édition, le cru 2022, a une saveur particulière. Ce sera la première fois depuis le début de la pandémie que la soirée, hébergée cette année en Islande à Reykjavik, peut se tenir de visu. «Notre métier est une profession sociale et de rencontres. Les European Film Awards célèbrent aussi l’unité européenne. Que l’on soit en Scandinavie ou en Europe de l’est, certaines problématiques, certaines inquiétudes, certains défis nous unissent, nous taraudent», souligne le producteur néerlandais Matthijs Wouter Knol, nouveau directeur de l’académie.
Cette «ère du temps» européen qui s’interroge sur les questions d’identité, de diversité, de lutte des classes, Matthijs Wouter Knol le voit dans les films en lice cette année. Dans les nommés figurent de nombreux lauréats cannois : Sans filtre, Close, Les nuits de Mashhad.
Comme sur la Croisette, la satire émétique du Suédois Ruben Östlund Sans filtre a fait main basse sur le palmarès, accomplissant un grand chelem saisissant. Les péripéties des passagers d’un bateau de croisière luxueux ont remporté le prix du meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur comédien, meilleur scénario. En salle de presse, le film, dont le titre original était Triangle de la tristesse a été rebaptisé «Triangle du bonheur». «Un récit d’auteur à la distribution des plus internationale et diverse», ont salué ses producteurs.
Face à cette palme d’or de naufrage grinçante et cruelle singeant la suffisance et le cynisme des super-riches, Saint-Omer d’Alice Diop, pourtant primée à la Mostra, n’a pu que s’incliner. Tout comme le mélo amical de Lukas Dhont, Close. Ruben Östlund avait eu les faveurs de l’Académie en 2017 pour The Square, sa première palme. Incarnant un des passagers les plus égocentriques de Sans filtre, Zlatko Buric a profité de la cote d’amour et a supplanté les étonnants Paul Mescal, père cachant sa dépression à sa gamine dans Aftersun ou Eden Dambrine, la lueur de Close.
Impératrice Sissi percutée par la crise de la quarantaine dans Corsage, Vicky Krieps décroche la statuette. Elle triomphe de la Léa Seydoux (Un beau matin) et de la lauréate cannoise l’Iranienne en exil Zar Amir Ebrahimi, journaliste traquant un serial killer dans Les nuits de Mashhad. Malade et fiévreuse, la Luxembourgeoise est apparue en visioconférence emmitouflée dans une combinaison pyjama et a dédié cette victoire qu’elle «n’avait pas vu venir à toutes les femmes qui de par le monde ont besoin d’être vues et entendues pour guérir les blessures ancestrales».
Considéré comme un drame, Sans filtre ne pouvait prétendre au prix de la meilleure comédie ce qui a permis à la satire espagnole sur le monde de l’entreprise El Buen Patron avec Javier Bardem de repartir avec le trophée. Son réalisateur Fernando León de Aranoa était le premier surpris : «Je m’attendais à voir La Fracture de Catherine Corsini». Le cinéma tricolore est d’ailleurs reparti bredouille de la soirée.
L’Ukraine a été omniprésente dans les esprits. Le prix Eurimages a été remis aux producteurs ukrainiens pour leur résistance et la préservation de leur culture. La statuette du meilleur documentaire est revenue à Mariupolis 2, enquête de Mantas Kvedaravicius sur la guerre du Donbass de 2016. Le cinéaste lituanien a été tué, fin mars, dans les premières semaines du conflit par les forces russes. C’est sa fille qui est montée sur scène, la voix étranglée par l’émotion, rappelant son dévouement envers les habitants de la ville martyre.
Dans un contexte général de désertion des salles, l’académie européenne du film se veut porteuse d’espoir. Son directeur Matthijs Wouter Knol souligne le succès de son opération «Un mois de cinéma européen» et la relève des générations : « des cinéastes plus jeunes, venant des quatre coins du continent, appartenant à des communautés sous-représentées : religion, orientation sexuelle, genre».
Et d’insister : «Nous avons accueilli des œuvres des plateformes comme A l’ouest rien de nouveau de Netflix, honoré dans des catégories techniques. Notre culture est celle des films d’art et d’essai, des longs-métrages indépendants, à petit budget qui se sont affranchis depuis longtemps de leur réputation de lenteur et d’ennui. Ils s’avèrent extrêmement dynamiques, acquièrent une visibilité durable». «L’être humain aura toujours besoin d’histoires. Le cinéma ne mourra pas plus que la littérature», veut croire le Néerlandais. «Ce qui est bouleversé, c’est la manière dont les films sont amenés au public. La pandémie a enfoncé le clou de tendances qui étaient en germe et portées par la numérisation de nos vies quotidiennes. Cette évolution est très rapide mais le monde du septième art a toujours su s’adapter. Il faut repenser la façon, dont nous pouvons faire sortir les spectateurs de leur domicile».
Et Matthijs Wouter Knol, se refusant au pessimisme, de citer le dynamisme insolent de l’industrie cinématographique et audiovisuelle de son pays hôte : l’Islande «modeste nation qui boxe dans la catégorie supérieure en matière de production». Pas un festival désormais qui ne place en sélection un film de ce pays. De Lamb à Godland. Nouveaux studios de tournage, compétence et efficacité logistique des équipes locales, rigueur écologique pour assurer un tournage neutre en émission de CO2…, les atouts ne manquent pas. Dépendant de la géothermie, l’île n’est pas affectée par la crise énergétique qui frappe l’Europe et les factures d’électricité ne flambent pas. Autant d’infrastructures recherchées par des films d’auteur comme grosses productions internationales. Jodie Foster est ainsi présente sur l’île depuis octobre pour y filmer la quatrième saison de la série policière True Detective. Les paysages islandais se font passer pour ceux de l’Alaska.
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