Au ministère des Armées, les consultants américains conservent … – Consultor

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Le ministère des Armées s’est-il véritablement mis à une diète raisonnée de conseil ? Pas si sûr aux vues de la dernière attribution de marché sur l’accord quadriannuel à 16 cabinets de conseil pour une valeur totale de près de 50 millions d’euros. Une réduction certes de près de 50 % de budget par rapport à celui de 2018, mais un substantiel marché qui continue à poser question.
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Lancé il y a un an, cet appel d’offres de quatorze lots, dont trois purement strat’, a donc été attribué, quelques semaines seulement après le rapport tsunami de la commission sénatoriale qui a enquêté sur l’influence des cabinets de conseil dans la sphère publique.
Un bon point d’abord. Il s’inscrit dans un engagement global des réductions des dépenses de conseil du secteur public. On est passé d’un plafond maximal de 87 millions d’euros prévisionnels sur quatre ans en 2018 à 46,6 millions d’euros en 2022 (relire ici et ).
L’objectif de l’ex-ministre Florence Parly est presque atteint. « Pour les quatre prochaines années, il est amputé de [et atteint] 40 millions d’euros. Nous sommes confiants et nous veillerons à tenir cette enveloppe sans compromettre la réponse aux besoins du ministère des Armées, » avait assuré la ministre lors de son audition au Sénat le 1er février dernier (ici).
Parmi les trois premiers lots, stratégiques, onze cabinets se partagent le gâteau de ce juteux marché qui s’élève à lui seul à 20 millions d’euros (cf. tableau ci-dessous). Cinq millions d’euros par an pour trois pôles majeurs de la transformation du ministère : prise de décision stratégique/évaluation de la performance et de la mise en œuvre des politiques publiques, définition de la stratégie/du cadrage de projet, et pilotage de projet/accompagnement à la conduite de changement.
Cela peut paraître une paille pour ce mastodonte de l’État qui pèse pour près de 58,7 milliards d’euros de budget en 2022 (en hausse de plus de 26 % par rapport au budget 2017).
Mais c’est lorsque l’on y regarde de plus près que les choses se gâtent. Seulement quatre des cabinets de ces lots stratégiques sont français (Archery Strategy, Alenium, Sopra Steria, Capgmini) ; les autres sont les filiales des classiques grands cabinets de conseil internationaux, à l’instar du Boston Consulting Group, de PwC, EY et Deloitte. On ne sait pas combien de cabinets français ou européens ont répondu à cet appel d’offres. Le ministère des Armées n’a lui pas souhaité répondre aux questions de fond de Consultor. Seule source officielle, sur ces trois premiers lots, le ministère a reçu 40 offres (les cabinets peuvent bien sûr répondre à plusieurs lots).
La commission sénatoriale avait d’ailleurs questionné Florence Parly sur cette non-préférence nationale (voire européenne) lors des choix de ce ministère hypersensible (relire ici). Cette possibilité d’ingérence de cabinets internationaux dans des données ou dossiers ultrasensibles des forces armées françaises ne semblait pourtant pas préoccuper la ministre, à la différence des sénateurs et sénatrices. Réponse alors pour le moins peu convaincante, mais qui se voulait rassurante de la ministre : « Nombreux sont les grands groupes mondiaux qui sont américains, même si nous avons pour interlocuteurs des filiales ou des “bureaux parisiens” qui revendiquent une étanchéité totale avec la maison mère. » Une reprise quasi mot pour mot de l’argument de McKinsey dont l’activité en France est pourtant rattachée à une société américaine.
Exit définitif en revanche au sein des Armées de Roland Berger et de McKinsey – ce dernier n’a pas postulé. La disparition au sein de ce ministère du géant US doit enlever une épine du pied des hautes sphères de l’État, tant la marque a eu mauvaise presse depuis un an en France quant à ses missions dans le secteur public (relire notre article). Le cabinet McKinsey, l’un des attributaires du lot 1A du précédent marché («stratégie et cadrage de projet»), n’avait déjà reçu aucune commande du ministère des Armées depuis 2018. « Soit McKinsey n’a pas été le meilleur répondant aux appels à candidatures, soit il n’y a pas eu de sollicitation particulière dans le domaine où ce cabinet pouvait répondre », avait alors justifié Florence Parly.
Dans une volonté de pédagogie sécurisante (au final peu probante), Florence Parly s’expliquait aussi sur les process d’accès aux données pour ces consultants de cabinets en grande partie anglo-saxons. « [], nos marchés de prestations sont des marchés qui nécessitent de s’assurer des personnes qui vont pénétrer dans nos enceintes. Tout d’abord, lorsque c’est possible, nous pouvons faire jouer la préférence européenne. C’est une autorisation accordée par le code de la commande publique : il peut être imposé à ces contractants de produire en Europe. Par ailleurs, nous faisons ce que l’on appelle le “criblage” : nous passons au crible les personnes ayant vocation à pénétrer dans les enceintes du ministère des Armées. Il y a nécessité de s’assurer que ces personnes ne pourraient pas compromettre des informations en lien avec la défense nationale. Elles doivent donc disposer d’une habilitation. » La ministre n’avait cependant pas été en mesure de donner le nombre de consultants ainsi habilités secret chaque année, proposant aux membres de la commission de leur fournir les chiffres. Depuis, Florence Parly les a fournis au Sénat : en 2021, près de 160 consultants ont été habilités au niveau secret, c’est beaucoup plus qu’en 2019, puisqu’ils n’étaient qu’une centaine. Une question reste en suspens : pourquoi une telle inflation ? Là encore, nous n’en saurons pas plus côté ministère.

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07/06/21
02_06_2021_Illustration_ministèredéfense

Rebelote. Après la formalisation d’un accord-cadre ministériel multiattributaire en 2018 sur les achats de conseil, le ministère des Armées remet les cabinets en concurrence avec un nouvel appel d’offres ouvert portant sur un ensemble de quatorze lots (voir la liste au pied de l’article), dont trois axés sur de la stratégie.
La date de clôture de remise des offres est fixée au 15 juin à 17 heures. Mais cette fois, le marché est de 50 millions d’euros, contre 87 millions d’euros en 2018. Cet accord-cadre restera en vigueur jusqu’au 31 décembre 2025.

Rebelote. Après la formalisation d’un accord-cadre ministériel multiattributaire en 2018 sur les achats de conseil, le ministère des Armées remet les cabinets en concurrence avec un nouvel appel d’offres ouvert portant sur un ensemble de quatorze lots (voir la liste au pied de l’article), dont trois axés sur de la stratégie.
La date de clôture de remise des offres est fixée au 15 juin à 17 heures. Mais cette fois, le marché est de 50 millions d’euros, contre 87 millions d’euros en 2018. Cet accord-cadre restera en vigueur jusqu’au 31 décembre 2025.
En 2020, Florence Parly, déjà ministre, avait pourtant décidé de créer une structure interne de conseil, la délégation à la transformation et à la performance ministérielles (DTPM), entité directement rattachée à la secrétaire générale pour l’administration, composée de 25 agents. Son rôle : accompagner les états-majors, directions et services dans la mise en place de leurs projets de transformation. Cette DTPM aurait-elle pu permettre ou permettra-t-elle à l’avenir de réduire ce nouveau marché de conseil ?
« Notre structure de conseil interne est jeune : elle a été créée en 2020. Elle assure de manière efficace un filtrage qui nous permet de nous concentrer sur les prestations de conseil qu’il est justifié d’aller chercher à l’extérieur. Il faudra établir un bilan quant à la qualité de l’accompagnement fourni par la structure interne, pour nous assurer qu’il soit le meilleur possible », avait justifié la ministre des Armées.
Et quid du service de santé des armées (SSA), et ses quelque 15 000 personnels, qui aurait peut-être pu ou voulu s’investir dans la réflexion dédiée ? Pas encore prêt non plus. « [Il] est engagé dans une transformation de très grande ampleur. Il a dû tirer toutes les conséquences de la réduction massive du format de nos armées décidée au début des années 2000. Il a fallu recentrer le SSA sur sa mission première, à savoir répondre aux besoins des militaires, y compris au plus près des combats. Nous avons dû également rationaliser l’existence de cette structure en la faisant participer au service public de la santé. Les hôpitaux militaires ont ainsi accueilli de nombreux patients atteints par le covid. »
Et pourtant, dans sa volonté de transparence et d’irréprochabilité, le ministère des Armées, qui dispose de son propre accord-cadre à la différence de la plupart des autres ministères, avait pourtant fait de gros efforts en termes de réorganisation sur le sujet des prestations de conseil (depuis 2015). Une politique stricte d’appel aux consultants a ainsi été organisée autour de trois axes : le renforcement de la procédure de validation du recours aux cabinets de conseil, via la rédaction d’une fiche de prestation de conseil soumise elle-même à quatre validations successives, la centralisation de l’adjudication des marchés, avec deux services prescripteurs (contre plusieurs centaines auparavant), et l’internalisation du conseil, via la création en 2020 de la délégation à la transformation et à la performance ministérielles (DTPM). Depuis mi-2021, la programmation de toute prestation de conseil est aussi présentée au cabinet de la ministre.
La Grande Muette fonctionne aussi aujourd’hui sur la base de marchés subséquents où chaque commande fait l’objet d’une nouvelle mise en concurrence entre les attributaires. Fini avec le principe de « tourniquet » donc. En 2018, le premier des trois lots du marché-cadre avait été attribué au binôme McKinsey-Accenture (attributaire numéro 1), puis à Roland Berger-Wavestone (attributaire numéro 2) et au BCG-EY Advisory (attributaire numéro 3). « La mise en œuvre de cette politique, adoptée par chacun des grands subordonnés du ministère […] repose sur un processus de décision très complet, qui nous permet de nous assurer, d’une part, que le besoin est avéré et, d’autre part, que tous les enjeux ont été appréhendés », avait encore affirmé la ministre devant le Sénat.
Bref, quelques semaines après que le Sénat a rendu ses préconisations d’amélioration en faveur de l’efficacité et de la transparence des dépenses de conseil de l’État (ici), l’heure n’est pas encore au grand lifting qui a été annoncé et promis. Souvent au désespoir des intéressés eux-mêmes d’ailleurs. Interrogés par Le Canard enchainé il y a quelques jours, les fonctionnaires qualifiés se sentent quelque peu les oubliés de l’histoire.
Lot 1 : accompagnement en vue d’une prise de décision stratégique, évaluation de la performance et de la mise en œuvre des politiques publiques
The Boston Consulting Group, PwC advisory, Kairn Strategy Consulting, Capgemini Consulting, Archery Strategy Consulting
Lot 3 : conseil pour le pilotage de projet et l’accompagnement à la conduite de changement dans le cadre de la transformation du ministère des Armées

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Raphaël Desi, diplômé de l’X, ainsi que de Supaéro, qui était devenu directeur associé au Boston Consulting Group (BCG) en 2015, après avoir rejoint le cabinet en 2004 à la suite d’un passage par Renault (sur les liens entre la régie et le cabinet relire notre article), est parti chez Thales.

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