Atiwa, jeu engagé – Gus and Co

Agitateurs d'Imaginaire
Dans Atiwa, vous développez une petite communauté au Ghana, tout en gérant les populations de chauves-souris. Passionnant, pertinent !
Chaque année, depuis 1624 environ, l’auteur allemand Uwe Rosenberg sort un gros jeu pour Essen. Avec Atiwa, sa nouvelle galette, 2022 ne déroge pas à la règle.
La Chaîne d’Atiwa est une chaîne de montagnes située dans le nord-est du Ghana. Elle s’étend sur environ 300 kilomètres et est bordée par le lac Volta à l’ouest et le Togo à l’est. La Chaîne d’Atiwa est considérée comme la plus haute et la plus spectaculaire des chaînes de montagnes du Ghana, et ses sommets culminants s’élèvent à des altitudes de plus de 1 000 mètres.
On y trouve une variété de faune, de flore et de paysages variés, allant des forêts tropicales aux savanes arides. La chaîne est également connue pour ses montagnes karstiques, ses grottes, ses cascades et ses rivières.
La Chaîne d’Atiwa est une destination populaire pour les randonneurs et les grimpeurs, ainsi que pour ceux qui recherchent une expérience de safari en Afrique de l’Ouest. Une grande partie de la région abrite une réserve forestière qui abrite de nombreuses espèces menacées. Cependant, l’exploitation forestière et la chasse pour la viande de brousse, ainsi que l’extraction de l’or et de la bauxite, mettent la réserve sous forte pression.
Pendant ce temps, dans la ville voisine de Kibi, le maire fait sensation en donnant refuge à un grand nombre de chauves-souris frugivores (que l’on retrouve sur la couverture) dans son propre jardin. Une chauve-souris frugivore est une espèce de chauve-souris qui se nourrit principalement de fruits. Elles sont principalement actives pendant la nuit et peuvent être trouvées dans les forêts tropicales humides et subtropicales. Ces chauves-souris peuvent être très utiles pour leur rôle de pollinisateurs et de distributeurs de graines, ce qui peut aider à maintenir la diversité des écosystèmes.
Le maire du village de Kibi (prononcez « chee-bee ») a reconnu la grande valeur que ces animaux ont dans les régions déboisées : les chauves-souris frugivores dorment pendant la journée et partent au coucher du soleil à la recherche de nourriture, à la recherche d’arbres fruitiers jusqu’à soixante kilomètres de distance. Ils excrètent les graines des fruits consommés, les disséminant sur de vastes zones lorsqu’ils rentrent chez eux. Grâce à leur guano, une seule colonie de 150 000 chauves-souris frugivores peut reboiser une superficie allant jusqu’à deux mille acres par an !
Le guano est un terme utilisé pour décrire les matières fécales des oiseaux et des mammifères marins accumulées au fil du temps. C’est une source naturelle très riche en nutriments, notamment en phosphore et en azote, qui sont nécessaires à la croissance des plantes. Le guano est encore utilisé aujourd’hui comme engrais dans les jardins et les fermes. Et dans Atiwa, le jeu et au Ghana, il s’agit de guano de chauve-souris.
Le Ghana est un pays d’Afrique de l’Ouest situé entre le Togo et la Côte d’Ivoire. Il est également bordé par le Burkina Faso et la République démocratique du Congo. Il a été le premier pays d’Afrique de l’Ouest à obtenir l’indépendance en 1957.
Le Ghana a une longue et riche histoire. Il a été colonisé par les Britanniques dès le XVIIe siècle et a été un des pays les plus stables et prospères d’Afrique pendant des décennies. Pendant la période coloniale, de nombreux esclaves africains ont été envoyés dans les colonies britanniques. Ces esclaves ont contribué à la construction de la nation et à la formation de sa culture.
Au cours des années qui ont suivi l’indépendance, le Ghana a connu une série de coups d’État et de régimes autoritaires. Le pays a rétabli la démocratie en 1992 et a connu une croissance rapide depuis lors. Le Ghana est aujourd’hui considéré comme l’une des démocraties les plus stables et prospères d’Afrique. Le pays est également reconnu pour sa diversité culturelle et sa riche histoire.
La situation économique du Ghana est relativement stable et s’améliore. Le pays a enregistré une croissance économique stable au cours des dernières années, atteignant un taux annuel moyen de 6,3 % entre 2011 et 2017. La production industrielle a augmenté de 4,7 % en 2017 et les exportations ont augmenté de 8,2 %. Le PIB par habitant a augmenté de manière significative, passant de 1 538 $ US en 2011 à 2 090 $ US en 2017. La pauvreté a diminué de 11,5 % entre 2011 et 2017. La dette extérieure du pays s’est considérablement réduite entre 2012 et 2017. Des indices, des chiffres encourageants !
Le Ghana a une économie diversifiée et les principales activités économiques du pays sont l’agriculture, le commerce et les services. L’agriculture représente l’une des principales sources de revenu et d’emploi, avec environ 40 % de la population active employée dans le secteur. Un aspect que l’on retrouve dans le jeu Atiwa. Les principales cultures sont le coton, le cacao, le café, le maïs, le riz, le manioc, le palmier à huile, le mil et le sorgho.
Le commerce et les services sont également des secteurs économiques importants au Ghana. Le commerce de détail et de gros est très développé dans les grandes villes du pays, avec des entreprises locales et internationales qui offrent des produits et des services. Les services représentent environ 60 % du PIB et comprennent les services financiers, les transports, la télécommunication, l’éducation et la santé.
Le secteur minier est un autre secteur important de l’économie du Ghana, avec de l’or, du bauxite, du manganèse, de l’argent et du platine qui sont extraits à grande échelle. Un autre élément présent dans Atiwa. De plus, le tourisme est un secteur en plein essor, avec des sites comme la côte atlantique, les réserves naturelles et les anciennes forteresses qui attirent des visiteurs du monde entier.
Dans le jeu, vous développez une petite communauté près de la chaîne Atiwa, créez des logements pour de nouvelles familles et partagez vos connaissances sur les effets négatifs de l’exploitation minière et l’importance que les chauves-souris frugivores ont pour l’environnement. Vous devez acquérir de nouvelles terres, gérer vos animaux et vos ressources et faire prospérer votre communauté.
Atiwa, un jeu de sensibilisation écologique pour dénoncer l’exploitation minière vorace en Afrique. L’auteur s’est tellement passionné pour ce sujet que non seulement il en sort un jeu, un gros jeu de gestion et de placement d’ouvriers, pertinent, cohérent avec le thème, mais il va publier plus tard en 2023 un livre documentaire sur le sujet, publié en allemand par Lookout, également éditeur du jeu. À noter que le jeu inclut un petit livret séparé qui explique toute cette problématique.
Dans le jeu Atiwa, on sent l’implication de l’auteur. Rarement autant un jeu aura réussi à allier deux aspects : l’aspect éducatif, sérieux, pertinent, écologique, et l’aspect ludique. On y joue, on y éprouve beaucoup de plaisir, tout en respectant les aspects « sérieux », scientifiques.
Atiwa est du « pur Rosenberg ». On y retrouve tous ses « poncifs », sa patte : placement d’ouvriers pour obtenir telle ou telle ressource (arbre, fruit, or, villageois, nouveaux terrains, chauve-souris), et « couteau sous la gorge » pour nourrir sa population, ses ouvriers. Jusqu’ici, rien de bien neuf sous le soleil.
Oui, mais non.
Si les mécaniques de base sont plutôt classiques pour l’auteur, le tout fonctionne à merveille et parvient à insuffler un vent de fraîcheur sur le jeu, sur le genre. Alors certes, on essaie de faire au mieux, d’optimiser ses placements, ses ressources, mais ces aspects ne constituent pas le cœur du jeu. Ils en sont plutôt les piliers. Dans Atiwa, les enjeux sont ailleurs.
L’Afrique de l’Ouest est l’une des plus grandes régions productrices d’or du continent, grâce aux géants que sont le Ghana, le Mali et le Burkina Faso. La contribution de pays comme la Côte d’Ivoire et le Sénégal s’accroit également au fil des années.
Le Ghana est à peu près de la taille de l’Allemagne et exporte le sixième plus d’or de toutes les nations. Après plus de 100 ans d’exploitation minière, l’industrie minière du Ghana continue d’être dominée et contrôlée par des intérêts étrangers, plus de 99 % des sociétés minières étant étrangères, détenant 90 % des actions, le gouvernement ne conservant qu’une participation… dérisoire de 10 %.
Depuis les années 80, le gouvernement du Ghana s’est éloigné du secteur minier au lieu d’affronter ce… triste récit de sa dépendance excessive et de sa dépendance à l’égard d’un secteur dominé par l’étranger. On est vraiment ici face à une situation de néo-colonialisme.
Le néo-colonialisme est un système dans lequel un pays plus puissant exerce une influence politique, économique et culturelle sur un autre pays, dans Atiwa, le Ghana, sans avoir recours à la colonisation directe. Cette influence peut prendre plusieurs formes, notamment des aides financières et des investissements, ainsi que des politiques et des pratiques commerciales qui sont avantageuses pour le pays influent. Le néo-colonialisme est souvent considéré comme une forme de domination impérialiste, car le pays influent utilise son pouvoir pour contrôler l’autre pays et en tirer des avantages.
D’autant que les multinationales minières étrangères contribuent à la majorité de la production d’or du Ghana chaque année. Mais elles n’emploient que 12 000 Ghanéens, selon la Chambre des Mines du Ghana. De plus, les avantages financiers ne s’écoulent pas aux communautés minières de manière équitable par rapport aux coûts d’opportunité. Ce qui génère ce qu’on appelle la malédiction des ressources.
La malédiction des ressources est un phénomène selon lequel une région riche en ressources naturelles connaît une croissance économique plus lente que celles qui ne sont pas aussi bien dotées. Cela est dû au fait que les ressources deviennent une plus grande partie de l’économie, ce qui entraîne une dépendance à leur égard et une manque de diversification. Cela rend l’économie vulnérable aux chocs économiques externes et peut entraîner une inflation des valeurs monétaires, ce qui peut rendre difficile pour les autres secteurs de l’économie de concurrencer le marché mondial. Le Ghana détient des mines d’or, mais n’en profite pas vraiment.
Le total des recettes d’exportation de l’or brut des sociétés minières multinationales au Ghana était de plus de 5 milliards de dollars en 2021. Seuls 25,7 millions de dollars de ces recettes ont été investis dans les communautés locales. Non, c’est pas ouf.
Depuis 1990, la production d’or au Ghana a presque triplé, mais le climat d’exploitation a autant bénéficié à l’industrie minière internationale qu’il a… contourné la main d’œuvre locale. En conséquence de quoi, aujourd’hui, des millions de Ghanéens exploitent l’or sans licence et sans réglementation dans la pratique condamnée connue sous le nom de galamsey. Le terme «galamsey» est d’origine africaine et provient du mot ghanéen «gara mi se», qui signifie «ramasser de l’or».
La pratique condamnée d’or de galamsey est par conséquent une forme illégale d’exploitation minière qui se produit en Afrique de l’Ouest. Au Ghana, par exemple, comme ici dans le jeu Atiwa. Elle se produit généralement lorsque les petits exploitants miniers exploitent les petits filons de minerais à la surface du sol, sans le permis ou la supervision appropriés. Cela peut entraîner des dommages environnementaux, tels que la pollution des sols et des eaux, ce que l’on retrouve par ailleurs dans le jeu, voire plus bas, et entraver le développement durable des communautés locales. La pratique est interdite et condamnée par de nombreux pays.
Les sources estiment que ce secteur informel soutient 4 millions de personnes vivant dans des villages ruraux du Ghana – 12% de la population du pays. Bien qu’il existe des tentatives pour formaliser le secteur de l’exploitation minière à petite échelle, 85% des gens qui pratiquent ce « braconnage d’or » opèrent de manière informelle.
Certaines politiques ont tenté de s’y opposer et de criminaliser la pratique. Les couvertures médiatiques internationales contribuent à stigmatiser la pratique. Mais en tant que mécanisme de survie pour les populations locales, il est difficile de contenir, de contrôler les gens qui y participent.
Les impacts économiques du galamsey ne sont pas confinés au secteur minier du Ghana. Il est estimé qu’il existe 40,5 millions de mineurs à petite échelle artisanaux dans 80 pays à travers le monde – soit plus de 82% de la main-d’œuvre totale minière en or. On estime à 150 millions le nombre de personnes dépendant de ce type de travail à travers le monde.
Dans Atiwa, tout est question de savoir comment développer, gérer sa communauté au mieux. Tout en veillant à respecter la nature. Avec le risque, inhérent, de l’exploiter, de la dégrader. Et ainsi d’en souffrir les conséquences. On peut essayer de tout faire pour vivre en harmonie avec la nature. Ou d’en tirer profit. En prenant le risque de la polluer. Et de polluer ainsi son village.
Dans le jeu, cela se traduit par une tuile « pollution » que l’on place sur une case de son domaine. La rendant ainsi inutilisable, à vie / jusqu’à la fin de la partie. Comme dans la vraie vie, somme toute. Lire plus haut la partie sur l’exploitation minière au Ghana et la pratique du galamsey. Car dans Atiwa, on doit placer autant de tuiles « pollution » que de villageois non-formés, non-sensibilisés. Qui risquent donc de se lancer dans ce « braconnage d’or », cette pratique illégale, polluante de galamsey.
Et les chauves-souris, dans tout ça ? On en trouve une sur la boîte d’Atiwa. Et le jeu les place sous la forme de « batmeeple » tout cute.
Depuis l’apparition du Covid à Wuhan il y a trois ans exactement, le 31 décembre 2019, les chauves-souris n’ont pas très… bonne presse. Et pourtant. Les chauves-souris sont des animaux plus utiles que vecteurs de virus.
Alors oui. Les chauves-souris peuvent transmettre des virus, comme beaucoup d’animaux sauvages. Elles peuvent héberger des agents pathogènes, et plus d’une centaine de virus ont été décelés dans le sang, les organes et les excréments des chauves-souris.
Toutefois, les chauves-souris jouent (c’est le cas de le dire ici dans Atiwa) toutefois un rôle majeur, prépondérant, essentiel dans les écosystèmes.
Les chauves-souris sont des animaux nocturnes, qui se nourrissent principalement d’insectes, mais certaines espèces sont omnivores et se nourrissent de fruits, de nectar et de… sang (voir plus bas pour les idées reçues). Elles sont très importantes pour l’équilibre écologique, car elles sont les principaux prédateurs d’insectes nuisibles. Elles sont capables de voler à des vitesses de plus de 100 km/h et de naviguer dans l’obscurité grâce à leur sens du son ultrasensible. Les chauves-souris peuvent vivre jusqu’à 25 ans et sont une espèce très sociale, vivant en colonies de plusieurs centaines ou milliers d’individus.
Elles appartiennent à l’ordre des chiroptères, deuxième ordre des mammifères, après celui des rongeurs et comprennent plus de 1 200 espèces, réparties en 18 familles.
Les chiroptères sont des animaux qui ont peu de prédateurs naturels. En Europe, ils peuvent être la proie des hiboux, des chouettes, des faucons, des rats, des chats et parfois des serpents. En pays tropical, les roussettes, ou chauves-souris, représentent un… gibier très apprécié par l’homme. De plus, ils sont des proies pour les insectes hématophages comme les puces, les tiques ou les punaises qui peuvent transmettre des maladies entre eux mais ne sont pas une menace pour l’espèce humaine (il faut juste éviter qu’un pangolin passe par-là…).
Les microchiroptères, les petites espèces, sont des insectivores qui mangent plusieurs millions d’insectes par an et ont donc un rôle important dans la régulation des populations d’insectes.
Les mégachiroptères, les grands, quant à eux, sont des frugivores qui sont utiles comme pollinisateurs et disséminateurs de graines par leurs déjections en vol. Les chauves-souris sont par conséquent des vecteurs d’espèce. Elles stockent les graines dans leurs fourrures et les transportent lorsqu’elles migrent. Elles font ainsi l’objet de programmes de relocalisation des graines entre différentes régions. Elles sont donc très précieuses pour les écosystèmes, en particulier en ce qui concerne la diversité des espèces végétales et leur répartition.
De plus, certains arbres, comme les baobabs ou les cactus colonnaires, ont des fleurs qui s’épanouissent la nuit, favorisant le travail des pollinisateurs nocturnes. En conclusion, les chiroptères ont de nombreuses fonctions bénéfiques pour l’environnement et l’homme, et ne sont pas une menace pour l’espèce humaine.
Dans Atiwa, il est donc question de chauves-souris frugivores. Les chauves-souris frugivores sont des espèces de chauves-souris qui se nourrissent principalement de fruits. Elles peuvent se nourrir de fruits, donc, de fleurs, de nectar et de pollen.
Elles sont principalement actives la nuit, mais peuvent être actives pendant la journée. Les chauves-souris frugivores sont généralement plus petites et moins nombreuses que les chiroptères insectivores, et elles peuvent se trouver dans des habitats variés, des régions tempérées aux tropiques.
Comme vu plus haut, ces chauves-souris peuvent jouer un rôle important dans la dispersion des graines et la pollinisation des plantes. Dans Atiwa, on les accueille, on les gère, pour leur capacité à polliniser et donc à reforester (très rapidement, hop un arbre apparaît, magie !).
Les chauves-souris frugivores que l’on retrouve ici dans le jeu, en latin Eidolon helvum, sont une espèce de chauve-souris répandue au Ghana. Elles se nourrissent de nectar et de fruits, volent de longues distances chaque nuit pour se rendre à leurs terres de nourriture et régurgitent les graines des fruits. Une colonie de 150 000 animaux répand en une seule nuit environ… 300 000 graines.
De cette manière, grâce à elles, indirectement, 800 hectares de forêt au Ghana pourraient être reboisés par colonie chaque année. Malheureusement, le nombre de chauves-souris continue de diminuer. Les chauves-souris frugivores sont chassées en grand nombre et proposées sur les marchés en tant que viande de brousse. Bon appétit. La déforestation de leurs arbres de couche, i.e. de repos, menace également les populations.
Quelques idées préconçues, fausses, sur les chauves-souris :
Retour à nos moutons chauves-souris.
Chaque manche d’Atiwa se découpe en deux phases, classiques. La première, de placement d’ouvriers. Un joueureuse après l’autre, on place l’un de ses ouvriers et on active aussitôt l’emplacement en effectuer l’action, obtenir la ressource. Une fois cette phase jouée, on passe à la deuxième, celle de la maintenance. On reçoit de l’or pour ses familles « entraînées », i.e. sensibilisées à la cause environnementale et à l’importance des chauves-souris frugivores, ou au contraire de la pollution pour ses familles non-sensibilisées qui pourraient se lancer dans des activités de galamsey comme vu plus haut.
Puis on reçoit de nouveaux éléments, en fonction des pictos rendus visibles sur son plateau selon son développement, un peu comme Terra Mystica. Autrement dit, plus on a posé, plus on va recevoir. Atiwa est donc un peu engine-building. Plus on joue, plus on avance, et plus le jeu gagne en vitesse, en puissance.
Et comme tout engine-building, les débuts de partie sont plutôt lents, pour finir en apothéose. Ou pas. On y reviendra plus bas.
La phase de maintenance compte également d’autres aspects : le cas échéant, les chauves-souris reviennent de leur séjour nocturne, on doit nourrir ses villageois en dépensant certaines ressources, ou en perdant des points (du pur Rosenberg), sachant que plus on a de villageois plus on gagne de points en fin de partie. Mais plus ils ont besoin de nourriture… Avec la possibilité de payer sa nourriture en or, en animaux d’élevage, en fruits ou en… chauves-souris, que l’on peut manger seulement avec ses familles non-formées, non-informées. Autrement dit, qui ne se rendent pas compte de l’importance cruciale de l’espèce. C’est ballot !
Enfin, on reçoit des ressources supplémentaires selon le tour en cours et selon ses ressources déjà présentes sur son plateau, dans sa communauté. De quoi renforcer cet aspect d’engine-building. Plus on a, plus on reçoit. Et plus on fonce !
Et on recommence avec la prochaine manche.
On joue à Atiwa comme on met ses pantoufles ou son pyjama le soir après une longue journée. On s’y sent bien, confortable. Rien ne surprend. Tout roule, tout coule. Et pourtant. Si tout est classique, comme dit plus haut, tout s’imbrique avec merveille, mais surtout, la présence des chauves-souris et leur bal jour-nuit permet de construire un jeu palpitant.
L’interaction est très polaire. On joue surtout le nez collé à son domaine. Et comme il y a beaucoup, beaucoup d’emplacements à disposition pour ses ouvriers sur le plateau, on n’est jamais vraiment bloqués, frustrés ou fâchés. Au pire, on « bascule » et on choisit une autre action, une autre stratégie. Et ça passe aussi.
Avec Atiwa, on est clairement face à un jeu « à l’allemande », de gestion, d’optimisation, à l’interaction froide. Pas absente. Froide. Car on est tout de même assis en face, à côté d’autres êtres humains. Et ça, ça compte ! Beaucoup.
Atiwa est prévu de 1 à 4. En solo, le jeu passe très bien. On essaie d’accomplir certains défis. Et le jeu tourne également très bien à 2, 3 et 4. Selon le nombre de joueureuses, on ne fait que rajouter une extension au plateau qui augmente le nombre d’emplacements d’actions disponibles. Le jeu s’adapte.
Et comme les tours sont extrêmement rapides et fluides, à 2, 3 ou 4, on ne voit pas le temps qui passe. Avec Atiwa, on n’est clairement pas dans un jeu-vaisselle. Même si l’Analysis-paralysis pourrait s’insinuer à la table.
Pour rappel, l’Analysis-paralysis est un terme utilisé pour décrire un état mental où une personne subit une… anxiété excessive et s’empêche de prendre des décisions parce qu’elle est submergée par le nombre incalculable d’options et le stress qui accompagne le processus de prise de décision. L’individu peut passer des heures à analyser chaque détail et à envisager chaque option possible, sans parvenir à prendre une décision finale. J’accueille des chauves-souris ou j’élève des chèvres ?
Et comment on gagne ? Atiwa inclut un carnet de feuillet pour comptabiliser ses points. Traduction : il y a aura de la salade de chauves-souris points. On est bien dans un jeu dit à l’allemande. On gagne des points pour ceci, pour cela. De quoi varier les plaisirs, les stratégies. En toute fin de partie, et pas avant, on remporte des points pour :
Et on retire au total les points perdus en cas de famines encaissées au cours de la partie.
Autrement dit, on peut courir deux plusieurs lièvres chauves-souris en même temps, ou se spécialiser. Mais il faudra réussir à ménager la chèvre (c’est le cas de le dire, parce qu’il y en a dans Atiwa !) et le chou pour espérer maximiser ses points.
Pour l’instant, 27 décembre 2022, sauf erreur de ma part, aucun éditeur français n’est sorti du bois pour assurer la traduction. Funforge, qui était l’éditeur sous contrat avec l’éditeur allemand Lookout a annoncé ne pas le faire. Il faut dire que depuis le rachat de Lookout par Asmodee en 2018, les cartes (c’est le cas de le dire) ont été rebrassées et les contrats d’exclusivité modifiés.
Alors qui va en faire la traduction ? Asmodee-lui-même ? Pas impossible. Pour quand ?
Maintenant, il faut savoir qu’il n’y a que les règles à traduire. Soit une dizaine de pages. Et rajoutez les deux petites cartes d’aide de jeu par personne. Et c’est tout. Les cartes Terrain ont toutes un nom, mais c’est cosmétique. En anglais ou en français, cela ne change rien au jeu.
Le travail n’est donc pas démesuré. Si vous maîtrisez quelque peu l’anglais, ou… Google Trad, n’hésitez pas et n’attendez pas une hypothétique VF.
👉 Les règles en anglais sont ici
👉 Les cartes d’aide de jeu sont là
Atiwa est clairement à placer du côté des meilleurs titres de Rosenberg. L’auteur a commencé sa carrière dans le jeu il y a 30 ans exactement, en 1992. Il a sorti plus de 200 titres. Si vous faites le calcul, cela fait plus de 6 jeux ou extensions par année. Chaque année. Pendant 30 ans.
Il faut être lucides. Uwe Rosenberg, comme Bruno Cathala ou Reiner Knizia, ces auteurs prolifiques avec X sorties annuelles, et chaque année, ne peuvent pas toujours sortir des blockbusters, des best-sellers. Dans toute cette quantité, la qualité n’est pas toujours au rendez-vous.
Atiwa est pourtant bel et bien à ranger du côté des tous, tous bons jeux de l’auteur. Aux côtés d’Agricola, Le Havre, Bohnanza et Patchwork.
Mais attention ! Ne vous laissez pas piéger, refroidir par :
👉 Son côté écolo-éducatif, qui pourrait laisser croire à un jeu rébarbatif, plat ou moralisateur. Ce n’est pas le cas. En termes d’intérêt ludique, le jeu est vraiment riche et passionnant.
👉 Sa couverture, un peu… cucul, un peu… ratée.
👉 La phrase « Advanced Level » sur la boîte. Pour indiquer que le jeu est… complexe ? En réalité, non. Atiwa est beaucoup plus simple qu’il n’y paraît. Les règles sont certes denses, mais très claires. Et finalement très fluides. Avec des pictos extrêmement limpides et ergonomiques. On ne passe pas sa partie le nez dans les règles, et tant mieux !
Zeitgeist, entre fabrication locale, éco-conception et thématiques écologiques, avec Atiwa, et d’autres, on sent que la catastrophe climatique, et environnementale, saisit de plus en plus le marché du jeu de société.
Extraire du minerai, de l’or, déforester et polluer ? Ou vivre en harmonie avec la nature et tout faire pour accueillir les chauves-souris pour profiter de leur guano et ainsi reforester ?
Perso, j’ai éprouvé énormément de plaisir à jouer à Atiwa. Entre gestion, planification (on ne place que 3 ouvriers par manche, et c’est tout !) et éducation, sensibilisation, Atiwa est un excellent cru Rosenberg. Vivement la VF en 2023 (mais chez qui ? Chez Asmodee, qui a racheté l’éditeur Lookout en février 2018 ?)
Mais.
Si je devais identifier un léger écueil dans Atiwa, et encore, le terme « d’écueil » semble peut-être exagéré, c’est le nombre de manches. Quel que soit le nombre de joueureuses à la table, on y joue sept manches, et c’est tout. Et c’est presque trop. Si les début sont lents et poussifs, engine-building oblige, le jeu prend rapidement sa vitesse de croisière.
Au point que dès la sixième et avant-dernière manche, le tout commence à devenir un poil répétitif. Le jeu finirait presque par perdre en tension. Lors de la septième et dernière manche, on a un peu l’impression de « surfer » sur le jeu. Pour moi, Atiwa aurait pu compter une ou deux manches de moins, pour tendre le jeu et donner envie de re-re-rejouer tout de suite après. Mais le jeu reste tout de même excellent !
Grandiose !

Si les questions d’extraction, d’exploitation minière vous intéresse, le journal romand Le Temps vient tout juste d’en parler aujourd’hui mardi 27 décembre. L’article ne parle pas du Ghana, mais du Venezuela. Les conséquences sont tout autant catastrophiques.
Pour vous offrir une expérience de lecture plus agréable, nous vous proposons un site sans aucune publicité. Nous entretenons des relations d’affiliation avec Philibert et Play-in.
Ainsi, lorsque vous achetez un jeu en cliquant sur les liens menant aux boutiques, vous nous soutenez.
Grâce à vous, nous pouvons obtenir une petite part des revenus. Ceci nous permet alors d’acheter d’autres jeux et de continuer à pouvoir vous proposer de nouveaux articles.
Article écrit par Gus. Rédacteur-en-chef de Gus&Co. Enseigne à l’École supérieure de bande dessinée et d’illustration, travaille dans le monde du jeu depuis 1989 comme auteur et journaliste.
Petite erreur géographique : la RDC n’est pas du tout limitrophe du Ghana 🙂
Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.
Saisissez votre adresse e-mail pour vous abonner à notre blog et recevoir une notification de chaque nouvel article par e-mail.

source

A propos de l'auteur

Backlink pro

Ajouter un commentaire