Afrique de l'Ouest et Centrale – La Banque mondiale sur tous les fronts – Afrimag

Avec son demi-milliard d’habitants, l’Afrique de l’Ouest et Centrale, 22 pays, occupe une place de plus en plus importante dans les projets de développement de la Banque mondiale. L’institution multilatérale qui y déroule une nouvelle feuille de route 2021-2025, prévoit quatre grands objectifs devant contribuer à la transformation économique de cette zone avec à la clef : « réussir la consolidation de la croissance inclusive ».
Pour la banque, cela passe par le rétablissement de la confiance entre les citoyens et l’État, la suppression des obstacles empêchant les entreprises de créer plus d’emplois, le renforcement de la résistance aux effets du changement climatique, et le renforcement du capital humain avec une responsabilisation des femmes.
Dossier réalisé
par Miche Dare,
Mohamed Sneiba &
Anthioumane D. Tandia

Les pays d’Afrique de l’Ouest et centrale ont progressé en termes de réduction de la pauvreté. Le taux de pauvreté est passé de 59% en 2000 à 47% en 2010 et à 35% en 2018. Cependant, compte tenu du taux de croissance démographique élevé de la région, le nombre de pauvres n’a que légèrement diminué, avec 3 millions de pauvres en moins en 2018 qu’en 2000.
L’écart entre les revenus par habitant des pays de la région et ceux à la fois des autres pays en développement et des pays à revenu élevé n’a cessé de croître. Il y a 50 ans, le revenu par habitant en Afrique de l’Ouest et Centrale se chiffrait à 8 % du revenu par habitant à revenu élevé ; aujourd’hui, il ne représente que 4%. Alors qu’au cours de la même période, d’autres pays en développement se rapprochaient des pays à revenu élevé, le revenu par habitant en Afrique de l’Ouest et Centrale a diminué par rapport à celui des pays de toutes les régions hors Afrique subsaharienne.
Une faible croissance de la productivité explique cet écart. Les différences de production par travailleur entre les régions, relativement faibles dans les années 1960, se sont depuis considérablement accrues. La différence de production par travailleur ne s’explique pas en terme des disparités dans les dotations factorielles, mais plutôt par un écart croissant de productivité totale par rapport au reste du monde. La faible croissance de la productivité est, à son tour, liée à l’absence de transformation structurelle des économies nationales de la région. 
Pour la Banque mondiale, une croissance économique solide et non erratique sur une longue période est indispensable pour créer suffisamment de richesse en mesure d’accroître la prospérité partagée, solution à l’extrême pauvreté. 
Un atelier d’apprentissage au Mali
Pourtant, la région Afrique de l’Ouest et Centrale dispose de nombreux atouts : une population jeune, une flexibilité dans la circulation de la main d’œuvre et des biens, et une meilleure gestion macroéconomique au cours des dernières décennies. Ces atouts ont permis l’amélioration de nombreux indicateurs au cours de la décennie 2020, allant de la mortalité infantile à la scolarisation dans le secondaire. Ces progrès récemment acquis sont menacés par la pandémie du Covid-19 qui, en plus de son bilan humain direct, a causé la première récession de ce quart de siècle à l’échelle régionale. Il en résulte des pertes d’emplois, une inversion des gains en matière d’éducation et une hausse des niveaux d’endettement qui menacent les dépenses sociales ainsi qu’une réponse budgétaire expansionniste. «La Covid-19 a eu un impact dramatique à la fois, sur le nombre de pauvres en 2020 et sur la courbe prévisionnelle des taux de pauvreté à venir», analyse la Banque mondiale dans son rapport relatif à sa stratégie en Afrique de l’Ouest et Centrale. Et le même document d’expliquer : “Le taux de pauvreté en Afrique de l’Ouest et Centrale a progressé de près de 3 % en 2020 après une décennie de déclin constant. Les projections de pauvreté pour 2030 sont 4 % plus élevées que celles antérieures à la Covid-19 et impliqueraient 23 millions supplémentaires de pauvres en 2030 par rapport aux prévisions pré-Covid-19. Des décennies de progrès économique sont en péril si la crise n’est pas maîtrisée »,
Comment faire en sorte que ces difficultés nées du Covid-19 puissent être aplanies le plus rapidement possible en créant les conditions d’un retour à une croissance forte et saine ? Quel rôle pour la Banque mondiale qui intervient dans cette région à travers des appuis budgétaires aux États et un accompagnement par des programmes d’investissements, d’assistance publique et des conseils ? L’institution multilatérale a depuis placé son intervention sous l’auspice à la fois de l’urgence et de l’engagement. Elle semble accorder la priorité aux investissements au regard des conséquences de la crise sanitaire du Covid-19. 
Dans l’immédiat, pour répondre à la pandémie et à la crise économique mondiale, la principale préoccupation de la Banque mondiale a été de sauver des vies. Il s’agissait de mettre en place les mesures nécessaires à la prévention, la détection et au traitement de la maladie, un énorme défi de santé publique compte tenu de la faiblesse des systèmes de santé dans de nombreux pays de la région.
Ensuite, il s’est agi d’assurer les moyens de subsistance pendant la période où certaines parties de l’économie ou encore certaines frontières étaient fermées pour empêcher la propagation de la pandémie. Cela signifiait de protéger les ménages, les emplois et les principales fonctions gouvernementales.
Présentement, une grande partie de l’effort est nécessairement orientée vers le traitement immédiat de la crise, des investissements sont également portés sur la reprise et la croissance, afin de jeter les bases du futur. En effet, la réduction durable de la pauvreté et l’accroissement de la prospérité partagée dans les pays de l’Afrique de l’Ouest et Centrale dépendent en grande partie de la croissance et de la transformation économique pour créer de meilleurs emplois pour un plus grand nombre d’individus, y compris les femmes et les jeunes.
Sommaire
En effet, face à la situation, la Banque mondiale déroule depuis 2021, une nouvelle feuille de route pour l’Afrique de l’Ouest et Centrale. Il faut dire que le cadre stratégique qui guide le travail opérationnel de cette institution dans ces deux grandes régions en Afrique, durant la période 2021-2025, découle de quatre constats majeurs qui affectent l’avenir de cette zone économique et sociale. 
Premièrement. Le contrat social est en train de s’effriter et les conflits violents sont en augmentation. En conséquences, les citoyens ont perdu confiance dans des États qui ne les protègent pas, ne leur rendent pas justice ou ne leur fournissent pas de services. Les conflits violents se multiplient également, à mesure que ces États ne parviennent pas à résoudre les conflits communautaires qui, à leur tour, sapent davantage la confiance dans les gouvernements. Selon l’institution, onze des vingt-deux pays de la région sont aujourd’hui touchés par la fragilité, les conflits et la violence et 73 % de la population de la région vit aujourd’hui dans des pays fragiles et/ou en conflit.
Deuxièmement.La démographie de la prochaine décennie est déjà déterminée. Une croissance démographique rapide induira une croissance sans précédent de la population en âge de travailler. Au cours des 30 prochaines années, la population en âge de travailler en Afrique subsaharienne augmentera de 800 millions d’individus, soit une augmentation beaucoup plus importante qu’en Chine ou en Inde au cours des 30 années lorsque leurs populations en âge de travailler ont connu la croissance la plus rapide. Parallèlement, la persistance d’une fécondité élevée maintiendra le ratio de dépendance à un niveau élevé et augmentera la difficulté à fournir de bons services de santé et d’éducation à un nombre croissant d’enfants en âge d’aller à l’école. L’élan démographique accélérera également l’urbanisation avec des risques de villes agitées et invivables mais aussi des possibilités pour les agglomérations d’accroître leur productivité et de créer de meilleurs emplois.
Troisièmement. La dépendance de la région envers les ressources augmente, ce qui pose à la fois des défis en matière de durabilité et de gouvernance. En somme, tous les pays d’Afrique de l’Ouest et Centrale « exploitent » leurs capitaux non renouvelables, qu’il s’agisse d’hydrocarbures, de minéraux ou de terres. Consommer du capital non renouvelable, plutôt que de le transformer en capital humain ou en capital produit, n’est pas viable. Une croissance basée sur une telle exploitation génère également une vulnérabilité aux chocs des prix des produits de base et génère peu d’emplois. Enfin, les loyers générés par cette exploitation sont largement perçus comme étant partagés de manière inéquitable, ce qui génère des griefs, aggrave fréquemment la corruption et peut réduire la redevabilité des gouvernements. 
Quatrièmement.Le changement climatique est déjà en cours et a des conséquences dramatiques pour les populations de la région. La crise climatique en Afrique de l’Ouest et Centrale est réelle. Par exemple, le lac Tchad, autrefois l’une des plus grandes sources d’eau douce en Afrique, fournissant des moyens de subsistance à environ 30 millions d’individus, a perdu 90% de son eau depuis les années 1960.
Pour faire face à ces quatre constats qui continuent de façonner la région et les perspectives d’amélioration de la vie de leurs populations, la Banque mondiale a décidé de mettre l’accent jusqu’à fin 2025 sur l’atteinte de quatre objectifs afin de transformer ces économies en y introduisant l’impact vertueux de la croissance inclusive.
Mauritanie 2021, patients dans un centre de santé à Nouakchott
 
La Banque mondiale veut d’abord aider à rétablir la confiance entre les citoyens et l’État pour atteindre les objectifs de développement des pays. A ses yeux, les citoyens ont perdu confiance dans les États qui ne fournissent pas de services et excluent une grande partie de leur population (les groupes ethniques, les pauvres, les femmes, les jeunes, les non connectés politiquement). Pour cela, les priorités varieront d’un pays à l’autre mais, au niveau le plus fondamental, elles impliqueront d’améliorer la sécurité et la justice pour tous les citoyens.
Tout d’abord, elle escompte appuyer la prestation de services efficaces et inclusifs, y compris par le biais de solutions numériques telles que l’élargissement de l’accès à des pièces d’identité uniques permettant aux citoyens d’accéder aux services. Puis, elle contribuera à renforcer les institutions économiques et sociales à travers, entre autres, une mobilisation équitable des ressources, la planification et l’exécution des dépenses publiques et des mécanismes de protection sociale. Enfin, la Banque mondiale appuiera l’engagement des citoyens au niveau du projet et de la collectivité ainsi que les plateformes multipartites pour l’élaboration et la mise en œuvre des politiques, y compris les mécanismes de réparation des griefs.
Deuxième objectif phare pour aider les pays d’Afrique de l’Ouest et Centrale à transformer leurs économies, la création d’emplois nombreux et de meilleure qualité. Cela est essentiel à la fois dans la réduction de la pauvreté et la convergence avec le reste du monde. Il faut dire que pour la Banque mondiale, le gros du problème est constitué par le « manqued’emplois » et le « manque d’emplois de qualité » plutôt que par les jeunes inaptes au travail. « Les efforts visant à renforcer les compétences auront peu d’impact si des goulots d’étranglement qui empêchent les entreprises de se développer, et de créer plus d’emplois et de meilleure qualité, ne sont pas pris en compte. La solution à la demande dans le programme pour l’emploi est de promouvoir la croissance et la transformation économique », précise l’institution qui prévoit en collaboration avec l’IFC (Société financière internationale), d’aider à remédier aux goulets d’étranglement macroéconomiques, d’infrastructure et d’environnement des affaires qui empêchent les entreprises de créer plus d’emplois et de meilleure qualité. Ainsi, sur le terrain, une attention particulière sera accordée à la résolution des problèmes de viabilité de la dette, qui ont été aggravés par la pandémie. En effet, les problèmes de dette menacent aujourd’hui la gestion macroéconomique et l’investissement dans les biens publics (production des biens collectifs). Le soutien à l’infrastructure mettra l’accent sur le comblement des lacunes pour les entreprises de toutes tailles afin qu’elles se développent et créent de meilleurs emplois. L’accès à l’électricité, passer du taux d’électrification de 50% à 64% d’ici 2026. Pour la connectivité numérique, faire passer à un haut débit de 30% à 43% d’ici 2024.
Sur ce front de l’emploi, la Banque mondiale voit grand pour Afrique de l’Ouest et Centrale qui a le plus haut niveau de pauvreté des apprentissages (le ratio d’enfants incapables de lire à 10 ans) que n’importe quelle autre région du continent ou du monde. Aussi, elle veut contribuer à faire de cette partie du continent, une région où toutes les filles et tous les garçons atteignent leur plein potentiel. Pour l’institution, ceci implique d’arriver à l’école bien nourri et prêt à apprendre, d’acquérir un réel apprentissage en classe et d’intégrer le marché de l’emploi en tant qu’adultes sains, qualifiés et productifs. « Au-delà de la valeur intrinsèque de la santé et de l’éducation des individus, l’augmentation du capital humain se traduit par une hausse de l’emploi et des revenus pour les populations, des revenus plus élevés pour les pays et une plus grande cohésion au sein des sociétés. Les interventions visant à renforcer le capital humain, notamment par le biais de la santé, de l’éducation, de la protection sociale, de l’eau et de l’assainissement, ainsi que d’autres interventions multisectorielles sont étroitement liées. Les mauvais résultats scolaires sont l’une des préoccupations régionales les plus pressantes ; plus d’enfants sont scolarisés, mais ils apprennent peu », relève la Banque mondiale qui tient à accorder une place de choix à l’autonomisation des femmes via l’investissement dans les femmes et les filles (faire passer le taux de scolarisation des filles dans le secondaire de 42 % à 47% d’ici 2024). 
Sénégal juillet 2022 un verger d’une école de technique agricole à Thiès au Sénégal
Dans sa stratégie pour cette région, la BM essaie d’appuyer, en plus du financement, les réformes politiques visant à s’attaquer aux obstacles systémiques au développement du capital humain. « L’autonomisation des femmes est essentielle pour la création de marchés dynamiques favorisant la transformation ainsi que pour accélérer la transition démographique. Leur exclusion de facto d’une grande partie de l’activité économique signifie que la moitié de la population est effectivement empêchée d’atteindre son potentiel et de contribuer aux objectifs nationaux de développement », montre la banque dans son rapport sur l’Afrique de l’Ouest et Centrale.
Quatrième objectif transformationnel, le renforcement de la résilience climatique figure en bonne place dans la stratégie de la Banque mondiale pour la région. En effet, pour l’institution, la croissance économique, la prospérité partagée, la paix et la stabilité dans la région se dégraderont de plus en plus si les vulnérabilités au changement climatique ne sont pas prises en compte. « L’impact du changement climatique en Afrique de l’Ouest et Centrale est déjà visible et s’intensifie. Les effets sont aggravés par le cercle vicieux de la forte croissance démographique, des possibilités économiques limitées et de la dégradation de l’environnement. L’érosion côtière causée par l’élévation du niveau de la mer et la fréquence et l’intensité des catastrophes naturelles, en particulier les sécheresses et les inondations, ont un impact négatif important sur la croissance à moyen terme et sur les conflits à mesure que s’intensifie la concurrence sur les ressources qui s’amenuisent. La réduction des rendements et la dégradation des terres causées par le changement climatique menacent la production alimentaire, réduisent la productivité dans l’agriculture et aggravent les conditions de conflit », constate la Banque mondiale. Par conséquent, cette dernière axe ses efforts, entre autres, sur  la sécurité alimentaire en construisant, de bout en bout, des chaînes de valeur agricoles résilientes focalisées sur la productivité et l’efficacité, la stabilité environnementale en ciblant les politiques et les investissements visant à assurer la stabilité des écosystèmes et les résultats en matière de sécurité de l’eau, l’énergie propre en mettant l’accent sur l’accès universel à des services énergétiques abordables, fiables, durables et modernes…







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