À Toulouse, TotalÉnergies propose une formation sur l'écologie – Reporterre

Climat
La tour Total Michelet à La Défense, à Puteaux.
La tour Total Michelet à La Défense, à Puteaux.
Durée de lecture : 4 minutes
L’université Paul Sabatier à Toulouse a ouvert un cursus sur la transition énergétique en partenariat avec TotalÉnergies. Du « greenwashing », dénoncent étudiants et associations écologistes.
L’information était presque passée inaperçue. Un programme scientifique créé à l’université en partenariat avec un industriel, ça peut paraître banal. Mais lorsqu’il s’agit de TotalÉnergies, ce n’est pas anodin. Surtout quand ladite formation se trouve à Toulouse, où le pétrolier a particulièrement mauvaise presse car il est associé à la catastrophe d’AZF [1]. Et surtout quand le pétrolier va parler de transition énergétique.
Comme l’a relevé Le Canard Enchaîné, l’université toulousaine Paul Sabatier a ouvert un parcours baptisé « Green-Air » pour « Gestion des ressources énergétiques, efficacité énergétique, autoconsommation intelligente en réseaux ». Il s’inscrit dans un master axé sur la transition énergétique. Les élèves de cette première promotion étudieront la production électrique par méthanisation et pile à combustible, le stockage de l’hydrogène, le respect des normes, la réduction des émissions de CO2, etc.
Parmi les partenaires du cursus, TotalÉnergies joue un rôle majeur puisqu’un tiers des enseignements sera dispensé bénévolement par des anciens salariés, membres de l’association Total professeurs associés (TPA). L’organisme compte 273 membres dont une dizaine sait parler de transition énergétique.
« Ce sont des gens très qualifiés », assure Sylvain Panas. L’actuel directeur général Occitanie de TotalÉnergies avait poussé pour l’émergence du master Green-Air lorsqu’il était chef d’une entreprise spécialisée dans l’« efficacité énergétique ». Des visites sur trois sites régionaux du groupe (éolien, photovoltaïque et de méthanisation) sont également prévues. Que le pétrolier dispense des cours sur les énergies renouvelables semble tout naturel à Sylvain Panas : « Nous sommes la société qui investit le plus dans le domaine avec 4 milliards de dollars. » [2]
« Greenwashing », ont rétorqué des militants toulousains de Scientist Rebellion qui ont interpellé le directeur général vendredi dernier, en marge d’un forum « Zéro carbone ». « Continuer l’exploitation des énergies fossiles, c’est aller à l’encontre des Accords de Paris », a rappelé un scientifique lors du forum.
« Ce qui peut faire sens, c’est que Total enseigne sur les hydrocarbures. Sur les énergies renouvelables, c’est plus suspect », relève François Chartier, chargé de campagne pétrole à Greenpeace. Certes, la société investit dans le secteur « mais cela reste une part marginale de TotalÉnergies [10 à 15 % de ses investissements selon Libération]. Pour l’instant sa stratégie de développement des énergies renouvelables passe plutôt par le rachat de boîtes que par le développement de ses compétences », dit le militant.
TotalÉnergies a noué d’autres partenariats en France sur les enjeux du climat, notamment avec des chaires universitaires — comme à Paris-Dauphine, à la Toulouse School of Economics ou à Pau — et souhaite poursuivre sa lancée. « Il n’y a pas assez de gens formés dans ce domaine, c’est un des freins à l’accélération de la transition énergétique », soutient le directeur régional Sylvain Panas. Le master Green-Air n’est donc qu’un début.
L’an dernier, Greenpeace avait consacré une grande enquête à la stratégie d’influence de TotalÉnergies, notamment dans l’enseignement. « Maintenir son attractivité auprès des cerveaux les plus brillants et des futurs cadres de la nation est un enjeu stratégique », expliquait l’ONG. Les étudiants semblent toutefois de moins en moins dupes face à ce soft power — ou « l’influence douce ». À Polytechnique, le projet d’implantation d’un centre de recherche de TotalÉnergies au cœur du campus a soulevé leur colère au point que l’entreprise a dû s’installer hors les murs. À Sciences Po Paris, les élèves ont bataillé pour mettre fin au mécénat du géant pétrolier. Il a pris fin en début d’année.
Lire aussi : En 6 mois, TotalÉnergies a engrangé plus de 10 milliards d’euros de bénéfices
À Toulouse aussi, la polémique enfle. Mardi, lors d’une assemblée générale réunissant plusieurs organisations étudiantes, les participants ont voté pour l’expulsion de TotalÉnergies du master Green-Air. « Ils veulent enseigner comment répondre au changement climatique dont ils sont responsables, c’est du greenwashing », lâche Arnaud, membre du collectif étudiant Le poing levé. Le groupe va lancer une campagne d’information pour mobiliser davantage autour de la question.
Contactée, l’université Paul Sabatier n’a pas donné suite à notre demande d’interview.
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