15. Forum Bois Construction à Cologne – Fordaq

La situation européenne de la construction biosourcée évolue très lentement et de même, le Forum de Cologne se mue lentement en ce qu’il veut être, un congrès européen, sur la construction efficiente en bois dans les agglomérations, reste à savoir ce que cela veut dire. Dans cette zone d’Europe, assez proche de la France, qui comprend la Rhénanie du Nord, le Benelux, la part du bois est proche de celle de la France, tout reste à faire. Au moins, la formule des Forums initiée par le Forum de Garmisch semble bien rodée et en pleine maturité avec une grande volonté de lancer toujours de nouveaux Forums, également face aux éventuels compétiteurs. Car le potentiel est considérable, puisqu’il s’agit d’accompagner une révolution nécessaire de la construction.
5 Forums pour un seul pays
L’Allemagne dispose de cinq Forums de la même organisation, auxquels s’ajoutent d’autres événements autour du bois (corporatistes, salons, événements de clusters…). La Forum de Cologne a comme tous les Forums démarré difficilement dans une région qui construit peu en bois, et a manqué de capoter comme cela est arrivé à plusieurs de ces Forums lancés depuis 25 ans jusqu’à St Petersbourg. Son profil a longtemps été l’architecture pour compenser une édition de Garmisch plus scientifique et technique. A présent il est question de construction urbaine et d’Europe mais la greffe doit encore prendre. S’ajoute le principal Forum de Garmisch délocalisé à Innsbruck et malchanceux avec deux éditions supprimées par la pandémie. La seconde édition d’Innsbruck depuis 2019 aura lieu fin novembre 2022 et si la pandémie le veut bien ce sera une édition à la hauteur de ce Forum considéré comme premier mondial (26e édition). En complément, la conférence internationale sur la physique du Bâtiment et les installations techniques, 6e édition à Rosenheim en avril 2022, consacrée à la construction bois, à la construction sèche et l’aménagement intérieur, est une mine de conférences notamment sur l’acoustique, sachant que Rosenheim est le premier producteur d’ingénieurs bois d’Europe. En février 2023 il y aura également à Rosenheim un congrès sur la bioéconomie du bois. Enfin, il y a le Forum de Berlin en juillet, congrès de la construction bois allemande, qui monte en puissance un peu avec la même orientation que le Forum Bois Construction français. Mais ce n’est pas fini, le groupe mené par le Professeur Uwe Germerott a encore d’autres lancements allemands dans la manche. Et l’on ne parle même pas des Forums italiens, nordiques, polonais, espagnols… D’autres formules comme le congrès pour les femmes de la construction bois, à Merano, ont capoté, victimes de la pandémie.
Un média de choc pour la promotion de la construction bois
L’organisation basé en Suisse coodonne les efforts de 7 instituts de formation supérieure d’ingénieurs bois, Helsinki, Bienne, Rosenheim, Munich, Vienne, Prince George au Canada, mais avec une grande autonomie et une exposition financière qui l’oblige, à la Suisse, de faire les bons choix. La pandémie a été une épreuve pour ces organisateurs et on dirait que la multiplication des événements doit la compenser. Ce groupe assez concentré est très flexible et s’est sorti depuis 25 ans de pas mal de difficultés, disposant d’un savoir-faire, d’une approche délocalisée, d’un panel de sponsors impressionnant. A un moment donné, après les maladies infantiles des congrès qui sont lancés, et les attaques de concurrents, un rendez-vous s’impose et trouve son public, la mécanique se met en place et cela fonctionne parfaitement, l’habitude s’installe de se retrouver. Récemment, le groupe a rajouté des plateformes en ligne pour les carrières et les produits, et développé des newsletters.
Les Forums sont devenu le média dominant de la construction bois en Europe, face à des médias type revue qui n’ont pas eu la possibilité de se spécialiser, de s’internationaliser, et jouent sur un autre plan. Depuis 2017, les Forums composent avec la concurrence de Woodrise (FCBA), qui promeut des congrès Woodrise là où le groupe des Forums n’est pas assez présent, comme en Suisse lémanique (mais la manifestation a été reprise par Lignum), la Slovénie cet été, qui sait d’autres projets qui créent une concurrence vitale et obligent cette organisation à évoluer. Par ailleurs, Woodrise est par essence un congrès mondial qui passe de Bordeaux au Québec et du Québec au Japon, avec en principe un intervalle de deux ans. Pour autant, sous l’égide de ce congrès, des rencontres sont organisées chaque automne à Bordeaux. 
Les congrès de ce groupe Forum Holzbau sont bien huilés, il n’y a que très rarement des couacs et les participants semblent satisfaits. Il n’y a pas de matraquage médiatique comme cela est la règle en ce moment, J-20, J-10, J-5 etc, pas non plus d’enquêtes de satisfaction, les gens votent avec leurs pieds, ils viennent ou s’abstiennent. Il y a un savoir-faire unique dans la programmation, les organisateurs connaissent parfaitement leur sujet, le marché, c’est impressionnant et cela agit sur le public qui de fait fréquente les ateliers puis passe du temps dans les espaces conviviaux. Les forums sont pour la construction bois ce que Architect at work est devenu sur la cible de l’architecture, une grande bousculade du vieux média salon, progressive mais difficile à inverser, tandis que les salons professionnels tentent de rajouter des conférences à n’en plus finir et évoluent si elles peuvent vers une formule congrès.
Et pourtant rien de bouge
Malheureusement, tout cela ne fait pas suffisamment avancer la construction bois ni la construction biosourcée, les parts de marché évoluent trop lentement. Pire, ce mouvement d’information et de communication et de contacts ne fait pas le poids face à la « tendance Wohleben » bien ancrée notamment dans le grand public, qui veut interdire l’abattage des hêtres de plus de 100 ans alors que ce sont justement eux qui déclinent rapidement en forêt et rendent le bûcheronnage dangereux. Dans la région, l’an dernier, les élections régionales ont poussé les sociaux-démocrates à justifier la construction de maisons individuelles, car les chrétiens-démocrates les accusaient de suivre les Verts qui avait remis en cause ce modèle constructif pour des raisons évidentes. Tout continue comme avant alors que justement, cette région a été particulièrement affectée par le scolyte. Martin Langen, l’un des intervenants du Forum, demande plusieurs fois durant sa conférence aux journaliste de souligner la réalité de la situation. Car l’un de ses amis architectes lui a dit qu’il faisait basculer un projet en bois vers la maçonnerie, puisqu’il n’est plus possible de trouver du bois. C’est archifaux et les prix baissent, la disponibilité est plus que jamais là et quand à l’autre poncif de la cherté du bois, d’autres conférenciers l’analysent en détail et montre que c’est un poncif du même genre.
La situation autour de Cologne est très proche de la situation européenne en général, pour tout ce qui concerne le futur de la construction. Les façades en bois trop chères face au PSE, la difficulté pratique de réaliser des surélévations ou extensions en zone urbaine, le manque de foncier… S’ajoute comme ailleurs la monétisation du carbone, même plus qu’ailleurs puisque des forêts commencent à être monétisées, ce qui n’est pas encore le cas en France. De même, on rencontre dans la région le tout premier constructeur bois certifié neutre en carbone, Terhalle, alors que jusqu’ici c’était surtout l’industrie du meuble qui se conformait à cette démarche de la filière. Terhalle a donc fait faire son bilan carbone et compense le résidu émissif par le financement de plantations… en Uruguay. Clairement, le mécanisme de compensation ne fonctionne pas pour soigner la forêt européenne, du moins pour l’instant. L’autre avancée typiquement allemande, c’est le développement de méga-usines et la conviction que c’est la modularité et la production en masse qui fera avancer les choses. Ici, c’est un scieur, van Roje, qui s’équipe de quatre presses pour CLT, là, c’est l’usine Nokera à Stegelitz, région Saxe-Anhalt, qui veut livrer 20 000 unités de longement par an à partir de préfabrication de murs bois 2D, et qui commande la bagatelles de 20 centres de taille à commande numérique.
Le risque d’une évolution délétère
On retrouve donc toujours ce hiatus entre une Allemagne écolo en diable et une Allemagne industrielle délirante. Cela dit, les investisseurs de Nokera à Stegelitz sont des Suisses et vu les parts de marché du bois en Allemagne du Nord, 12% de la maison individuelle contre 22% en moyenne nationale, donc bien moins de 10% de part de marché dans la construction, il y a de quoi faire, surtout quand le gouvernement vise 400 000 unités de logement par an, soit le quota actuel français. Toutefois, l’excellent marketeur Martin Langen de B+L, intervenant au Forum de Cologne, attire l’attention sur un effet pervers de la situation actuelle, qui risque également de se produire en France : à vouloir valoriser la construction très bas carbone, le marché va privilégier des bâtiments neufs et notamment des bureaux en bois, plutôt que d’appuyer la rénovation de l’ancien, de sorte qu’on va continuer à artificialiser des espaces avec des bureaux sans utilité tandis que le bâti d’habitation continuera à émettre et que les occupants ne parviendront plus à payer l’énergie.
Certes, ce sont là des mouvements qui peuvent être régulés si on les envisage assez tôt (même si depuis plus de dix ans la réalité montre qu’on n’arrive à rien en France). Le bâti ancien d’habitation doit peser bien plus que le neuf, de façon à permettre de financer une rénovation énergétique et émissive, pour laquelle les solutions de façades biosourcées rapportées sont encore en germe. Pourtant, les ateliers de Cologne ont bien montré l’intéret de développer des façades techniques permettant d’intégrer des équipements dans les façades. Des pompes à chaleur miniaturisées notamment. Sans parler des panneaux thermiques. On parle de ce type de solutions, en France, en Suisse, depuis bien dix ans, même si la pompe à chaleur intégrée et minaturisée et vraiment une option nouvelle. La seconde façade est l’avenir de la construction, mais en réalité rien ne bouge, même le marché de la façade PSE stagne. Ce marché de la façade ne parvient pas à franchit le Rubicon, qui est d’empiéter carrément sur l’espace public et de cesser de singer les façades anciennes, délever des façades biosourcées et végétales, pour au contraire développer des doubles façades larges permettant de protéger le bâti ancien et son inertie. Quant à Energisprong, la démarche des Pays-Bas visant à rénover pour atteindre la neutralité, c’est un peu comme en France, la théorie est séduisante, les techniques restent à développer et les applications se font attendre.
La position de CEI-Bois
En pratique, la remarque de Martin Langen sur le risque de disruption par la compensation carbone fait mouche. Juste avant la proclamation des lauréats d’un prix de la construction bois régional décerné tous les 5 ans, au soir de la première journée du 19 octobre, Paul Brannen de CEI-Bois & EOS a fait une conférence sur le Green Deal et le New European Bauhaus. Le ténor de son intervention, c’est de se référer au développement de solutions Hors site, entre le projet Nokera et un projet similaire britannique TopHat (avec le soutien de Goldman Sachs…). Paul Brannen se fixe comme objectif de convaincre les TopHat et les Nokera d’opter pour de l’isolation en fibre de bois. Selon lui, la commission européenne va présenter en novembre 2022 des propositions pour permettre l’émission de crédits carbone contre la captation de carbone dans les constructions. Et Paul Brannen de rappeler qu’en Europe, le Finlandais Puro et l’Autrichien Hasslacher génèrent déjà des crédits carbone via leur production de CLT. Aux USA, Aureus Earth adopte cette démarche dans le cadre de la vente de constructions en bois ou de la commercialisation de toute une série de produits en bois. Brannen demande que le secteur européen du bois se concerte dans les mois qui viennent sur ce sujet, afin de faire en sorte que les crédits carbone compensent le « surcoût » du bois et aussi le surcoût de la fibre de bois. Et il conclut avec la perspective de la construction hybride pour que le mieux ne soit pas l’enemi du bien (une position largement partagée dans la filière bois française, mais moins par les concepteurs). Ainsi, pour CEI-Bois, la construction biosourcée, c’est du bois en structure et de la fibre de bois en isolation (on ne s’appelle pas CEI-Bois pour rien). La construction biosourcée au sens propre n’a pas de vrai lobby à Bruxelles, dans la configuration actuelle. Il y a foule d’ONG anglo-saxonnes pour défendre les oiseaux, entre autres, mais pas Negawatt, du moins pas en position d’être écouté.
Bruxelles aveugle mais Cologne éveillé 
Le groupe de Forums impressionnant développé par le professeur Uwe Germerott permet de se faire une bonne idée de la situation européenne, il suscite des études de marché, mobilise les meilleurs acteurs, crée le dialogue et les conditions d’un développement qui sait fulgurant de la construction bois en Europe. Mais il manque toujours l’étincelle, et on sait maintenant que les rapports du GIEC n’agissent pas, la première révolution européenne de la construction, programmée par le Plan Climat européen, a échoué, tout le monde a peur d’une redite. Mais il y a aussi parfois de quoi être optimiste.
Un Forum est toujours plein de surprises, par exemple, on découvre les détails d’un projet de Herzog et de Meuron, des bureaux vert de vert à Bâle à un jet de pierre de la France et juste à côté d’une autre réalisation de bureaux de la même agence centrés sur la flexibilité. Donc, ceux qui veulent ajouter encore une tour, cette fois triangulaire, à la skyline parisienne, investissent également la construction écologique, ce qui est très bien. car ce sont jusement les Herzog et de Meuron qui sont en mesure, comme à Bâle, de concevoir des planchers mixtes bois et terre crue et de les vendre.
Il n’y a pas de mouvement frugal en Allemagne comme en France, Dominque Gauzin-Müller va peut-être y remédier. Il existe une orientation nommée Einfaches Bauen représentée à Cologne par l’architecte suisse Andy Senn, même si cette orientation architecturale est de toute façon très proche des préceptes suisses.
Tant il est vrai que le groupe des Forums, en Allemagne, ne s’ouvre pas assez à la construction biosourcée autre qu’en bois, ni au géosourcé, sa force fait aussi sa faiblesse, sa connaissance du marché de la construction bois et ses accointances avec les écoles supérieures de formation – et en fait toutes les institutions de la filère bois aval, et surtout les industriels – l’empêche de porter une réponse qui ne soit pas corporatiste. Dans la constellation où va se rajouter un Forum sur la « bioéconomie », c’est actuellement le Forum Bois Construction qui suit les évolutions les plus radicales en termes de bois local, de circularité, de réusage, de montage-démontage, d’intégration du géosourcé. Il le fait parce que le tissu français des concepteurs pense comme cela et que Paris est le vivier mondial de cette approche biosourcée. Et cela devient une composante du patchwork des Forums, attire des acteurs germaniques, inspire des industriels et vient à Lille en avril 2023 frapper à la porte de Bruxelles.
Quel BauHaus ?
Comme les vases communiquent, rien n’interdit d’évoluer dans ce sens et de permetre à la construction alternative de se renforcer par ces structures solides. Car à ce jour, si l’on fait abstraction des négoces et des réglementations qui imposent les plaques de plâtre (de fait) et les isolants incombustibles, la particularité de la construction bois est qu’elle s’accorde bien en principe avec les autres matériaux biosourcés et tient lieu pour eux de structure. Le réalisme de l’hybridation n’est pas incompatible avec le développement plus poussé de l’approche biosoursée dans sa conception frugale.
Le brassage du savoir et des pratiques entre les acteurs européens tel qu’il se produit dans les Forums par le biais de contacts, d’invitations, d’exploitation du riche matériel des actes, c’est en fait ce que l’initiative euopéenne du BauHaus n’a plus à inventer. Il existe. A moins qu’il s’agisse avec le BauHaus d’établir la même pertinence autour de la filière maçonnée ? Ou d’édulcorer l’approche avec la mantra du « bon matériau au bon endroit » ? De susciter un concurrent médiatique plus costaud que la petite équipe d’Uwe Germerott, de faire le marche-pied pour un géant européen de l’événementiel opportuniste ?
Le BauHaus européen doit se poser une question et une seule : comment se fait-il que les instituts de formation supérieure ait réussi à créer et faire vivre un réseau qui fait honneur à l’Europe, mais que le glissement de parts de marché ne suit pas ? Sans doute, parce que les Forums ne sont pas à eux seuls le moyen d’un tel glissement. Ils en créent la possibilité. Il manque donc quelque chose d’autre, une volonté politique, qui effectivement ne se résume pas à la position de CEI-Bois. Mais CEI-Bois fait son travail de lobby, ce n’est pas à lui de défendre la paille ou le chanvre.
Un BauHaus politique ? Et que penser alors des commentaires désabusés des participants du Forum, qui relèvent que la politique constructive en Allemagne est du ressort des régionaux et que les fournisseurs sont confrontés à 16 réglements régionaux différents. Ce qui expliquerait notamment pourquoi la région NRW (Nord-Rhénanie-Westphalie) est à la traîne par rapport au Bade-Wurtemberg, certains verrous sautés à Bade il y a 15 ans ne sont brisés que maintenant, ces petits verrous insidieux dont tout dépend. Sans doute, le BauHaus va devoir commencer à faire le ménage dans ces réglementations et les dépoussiérer, s’occuper précisément de ce qui ne le regare pas, mais il va se produire la même chose qu’en France, on dépoussière et les pompiers rappliquent avec une doctrine et nous font cacher ce bois que l’on ne saurait voir.Et ainsi de suite.
Le fin mot de tout ça ?
Il n’y a pas vraiment de conclusion à ce présent rapport trop long après un forum constructif qui reflète une réalité complexe. Si cette réalité était plus simple, on n’aurait pas besoin de tous ces Forums, de ces étagères d’actes dont on se demande qui les lit. Et on peut parfaitement s’en passer si on veut continuer à consacrer entre 40 et 50% des émissions carbones humaines pour le secteur du Bâtiment, tout confondu, à l’échelle mondiale. Quand le Bâtiment va, faites vos jeux, rien ne va plus…  
 

© Mon Oct 24 00:09:16 CEST 2022 Fordaq S.A., The Timber Network. All Rights Reserved.

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